Portée par la Plateforme des médias de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) et coorganisée par la Commission de l’Union, l’initiative FIPE-Uemoa entend faire de la presse un levier stratégique de développement, à l’heure où les économies de la sous-région cherchent à maîtriser leur propre récit économique.
La capitale sénégalaise a accueilli, ce mercredi 24 juin 2026, la première édition du Forum international de la presse économique de l’Afrique de l’Ouest (FIPE-Uemoa), un rendez-vous inédit qui place le journalisme économique au cœur de la promotion de l’image et de l’attractivité de l’espace communautaire.
L’événement est l’aboutissement d’une réflexion engagée lors d’un colloque sous-régional tenu à Abidjan en juin 2025.
« Ce forum est l’aboutissement d’une réflexion collective sur la place de l’information économique dans la transformation de nos économies. Il concrétise une recommandation forte issue du colloque d’Abidjan, qui appelait à la création d’un cadre permanent de dialogue entre les médias, les décideurs publics et privés, les investisseurs et les acteurs économiques », a déclaré Léonard Dossou, coordonnateur de la Plateforme des médias de l’Uemoa.
Selon lui, les pays ouest-africains doivent davantage valoriser leurs réussites économiques.
« Nous devons raconter nous-mêmes l’histoire économique de notre région, mettre en lumière les réussites de nos entreprises, documenter les innovations de nos jeunes entrepreneurs, valoriser les réformes qui produisent des résultats et expliquer les politiques publiques avec rigueur et indépendance », a-t-il soutenu.
La presse, acteur de gouvernance
Les intervenants ont unanimement souligné le rôle stratégique de la presse économique dans le développement régional.
« La presse économique n’est pas un simple relais d’information. Elle est un instrument de pédagogie, un outil de transparence, un facteur de confiance et un acteur de gouvernance. Elle éclaire les décisions des investisseurs, renforce la redevabilité publique et valorise les opportunités de nos territoires », a affirmé M. Dossou.
Représentant le président de la Commission de l’Uemoa, Abdoulaye Diop, la conseillère technique chargée de la communication, Aminata Mbodji, a rappelé que « la presse est un puissant outil d’intégration » et que les médias constituent des relais essentiels pour la vulgarisation des réformes communautaires.
« Vos plumes, vos micros et vos autres outils de communication seront des instruments de développement aussi pertinents que n’importe quelle infrastructure », a-t-elle indiqué.
Elle a également rappelé que la Commission organise régulièrement des sessions de formation et de sensibilisation à l’intention des journalistes de la région. Une nouvelle session est prévue à Ouagadougou en septembre 2026 autour de la Vision 2040 de l’Union et du plan stratégique Impact 2030.
Atouts et défis de l’espace Uemoa
Le forum a également permis de dresser un état des lieux des économies de l’Union. Léonard Dossou a mis en avant les atouts de l’espace communautaire, notamment un marché de plus de 150 millions d’habitants, une population jeune, des ressources naturelles abondantes et un important potentiel agricole.
Il a toutefois relevé plusieurs défis, dont les besoins persistants en infrastructures, l’accès limité au financement pour les PME, le retard industriel, les inégalités sociales et les effets du changement climatique.
À ces contraintes s’ajoute, selon lui, un déficit de visibilité des économies ouest-africaines.
« Aucun territoire ne peut attirer durablement les investisseurs s’il n’est pas connu. Aucune réforme ne peut produire pleinement ses effets si elle n’est pas comprise. Aucune ambition économique ne peut mobiliser les citoyens si elle n’est pas inscrite dans le débat public », a-t-il souligné.
La Zlecaf au cœur des enjeux
Représentant le ministre sénégalais de l’Industrie et du Commerce, Paul Faye, directeur adjoint du Commerce extérieur, a insisté sur les perspectives offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Selon lui, sa mise en œuvre pourrait permettre de sortir 30 millions de personnes de l’extrême pauvreté, d’augmenter les revenus de plus de 100 millions d’Africains vivant avec moins de 5,50 dollars par jour, d’accroître les revenus du continent de 400 milliards de dollars d’ici à 2035 et de générer 560 milliards de dollars supplémentaires d’exportations, principalement dans le secteur manufacturier.
Ouvrant officiellement les travaux au nom du ministre Serigne Guèye Diop, M. Faye a qualifié le forum d’initiative stratégique visant à renforcer le dialogue entre médias et acteurs économiques, à promouvoir les investissements et à encourager la coopération régionale.
Placée sous le thème « Innover pour l’avenir économique de l’Afrique de l’Ouest », cette première édition se déroule sur trois jours.
Les participants débattront notamment de la qualité de l’information économique, de la gouvernance, de la transparence, de l’attractivité des écosystèmes régionaux, du financement privé, des fintechs, de l’intelligence artificielle, de la transition énergétique et de la vision économique de l’Afrique de l’Ouest à l’horizon 2040.
Un prix du meilleur journaliste de l’espace Uemoa sera décerné à l’issue des travaux.
Les organisateurs ambitionnent de faire du FIPE-Uemoa un rendez-vous annuel de référence pour la réflexion économique, la promotion des investissements et le renforcement des capacités des journalistes spécialisés.
« L’avenir économique de l’Afrique de l’Ouest ne s’écrira pas ailleurs. Il s’écrira par nous-mêmes, pour nous-mêmes et avec nous-mêmes », a conclu Léonard Dossou.
ARD/te/APA







