Le pouvoir tunisien affiche une volonté de refonder le système public de santé, mais les annonces répétées se heurtent à des faiblesses structurelles anciennes et à un manque de résultats concrets sur le terrain.
Le président tunisien Kaïs Saïed a présidé, mercredi 14 janvier 2026 au palais de Carthage, une réunion consacrée à l’avenir du système de santé, en présence des ministres concernés et de responsables des principales institutions médicales et pharmaceutiques. Selon le communiqué officiel, la rencontre s’inscrit dans une volonté de « reconstruire » le secteur public de la santé et de restructurer la couverture sociale, présentée comme un droit humain fondamental.
Le chef de l’État tunisien a appelé à une « vision nouvelle », fondée sur l’intérêt suprême du pays, et à des solutions rapides pour renforcer les services sanitaires dans toutes les régions, constituer un stock stratégique de médicaments et améliorer l’accès à la protection sociale. Des objectifs ambitieux, régulièrement mis en avant depuis plusieurs années, mais dont la concrétisation reste largement attendue par une population confrontée à la dégradation continue des hôpitaux publics, aux pénuries de médicaments et à l’exode des professionnels de santé.
Le discours présidentiel s’est également appuyé sur une forte charge symbolique, évoquant le rôle historique des médecins, pharmaciens et infirmiers dans la lutte nationale et l’héritage de l’école tunisienne de médecine, longtemps considérée comme une référence régionale. Cette rhétorique, mobilisant la mémoire collective et le registre de la « bataille de libération nationale », vise à donner une dimension politique et identitaire à la réforme sanitaire, mais peine à masquer l’absence d’un plan opérationnel détaillé.
Sur le terrain, les défis sont pourtant clairement identifiés : sous-financement chronique, gouvernance fragmentée, déséquilibres régionaux et perte de confiance des citoyens dans le service public de santé. À cela s’ajoutent les difficultés de la Pharmacie centrale et de la chaîne d’approvisionnement en médicaments, régulièrement pointées par les professionnels du secteur. La constitution d’un stock stratégique, annoncée à plusieurs reprises, demeure un objectif non stabilisé, faute de mécanismes durables de financement et de gestion.
La question de la couverture sociale illustre également l’écart entre le discours et la réalité. Si le principe est réaffirmé comme un droit fondamental, les dispositifs existants restent incomplets et inégalitaires, laissant de larges franges de la population exposées à des dépenses de santé insoutenables. La coordination entre santé, affaires sociales et industrie pharmaceutique, pourtant évoquée, continue de souffrir de cloisonnements administratifs persistants.
La réunion de Carthage confirme une constante du pouvoir tunisien : une centralité du discours présidentiel et une mise en scène politique de la réforme, sans clarification suffisante des moyens, des délais et des responsabilités. La refondation du système de santé, présentée comme une priorité nationale, apparaît ainsi moins comme une rupture effective que comme un nouvel épisode d’une réforme sans cesse annoncée, mais encore largement inachevée.
MK/ac/Sf/APA







