Un coup de grâce pour deux dossiers qui ont secoué l’opposition tchadienne. Ce 14 août, Succès Masra et les huit ex-dirigeants du GCAP voient leurs condamnations effacées par la grâce présidentielle.
Après plusieurs mois de détention et des condamnations qui avaient suscité de vives critiques de la part de leurs défenseurs, Succès Masra et les huit anciens dirigeants du GCAP vont retrouver la liberté. La grâce présidentielle accordée ce 14 août 2026 par le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno met un terme à deux procédures judiciaires emblématiques de la récente confrontation entre le pouvoir tchadien et son opposition. Retour sur les principales étapes de ces deux affaires.
Le dossier Masra
Le 14 mai 2025, des affrontements intercommunautaires éclatent à Mandakao, dans la région du Logone occidental, faisant 76 morts, en majorité des femmes et des enfants, dans un contexte de tensions récurrentes entre agriculteurs et éleveurs dans le sud du pays.
Deux jours plus tard, à l’aube, Dr Succès Masra est interpellé à son domicile de N’Djamena par des hommes en tenue militaire. Les autorités le présentent comme étant le principal instigateur de ce conflit, s’appuyant sur un enregistrement audio daté de 2023, dans lequel l’opposant appelait la population civile à s’armer.
Placé en détention cinq jours après son arrestation, Succès Masra voit sa demande de libération provisoire rejetée le 19 juin 2025 par la chambre d’accusation, malgré une saisine de ses avocats dès le 19 mai pour dénoncer le caractère selon eux arbitraire de sa détention.
Le 7 août 2025, son procès s’ouvre à N’Djamena devant la chambre criminelle de la Cour d’Appel pour des faits d’incitation à la haine et à la révolte, constitution et complicité de bandes armées, complicité d’assassinat, incendie volontaire et profanation de sépultures. Devant le tribunal, il clame son innocence. Le 8 août, le parquet requiert 25 ans de prison ferme.
Le verdict tombe le 9 août. Le tribunal pénal de N’Djamena reconnaît Succès Masra coupable et le condamne à 20 ans de prison ferme, assortis d’une amende d’environ un milliard de francs CFA. Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, qualifient ce procès de politiquement motivé. Ses avocats ont fait appel. Le 21 mai 2026, la Chambre judiciaire de la Cour suprême confirme la condamnation en première instance.
Le dossier des huit ex-dirigeants du GCAP
Par un arrêt rendu le vendredi 24 avril 2026, la Cour suprême prononce la nullité du Groupe de concertation des Acteurs politiques (GCAP), principale coalition de l’opposition, rendant illégale l’ensemble de ses activités sur le territoire national. Le ministre de la Sécurité publique réagit aussitôt en fustigeant la campagne de mobilisation lancée par la coalition en vue d’une marche de protestation prévue le 2 mai.
Le lendemain, huit présidents de partis membres du GCAP sont interpellés, quelques heures avant un point de presse qu’ils devaient tenir.
Placés sous mandat de dépôt, les huit membres du GCAP sont poursuivis pour attroupement, participation à un mouvement insurrectionnel, rébellion et détention illégale d’armes de guerre.
Du 5 au 6 mai, leur procès s’est tenu dans l’enceinte de la prison de Klessoum. Le 8 mai 2026, le verdict. La Chambre spéciale correctionnelle reconnaît les huit anciens dirigeants du GCAP coupables de l’ensemble des faits reprochés et les condamne à huit ans de prison ferme, assortis d’une amende de 500 000 francs CFA chacun. Le tribunal ordonne également la confiscation d’armes saisies à leur domicile. Leurs avocats dénoncent un procès à caractère politique et annoncent faire appel.
Deux affaires, une même trame
Dans les deux dossiers, une constante revient : l’arrestation intervient dans un délai très resserré après l’événement déclencheur : deux jours après le drame de Mandakao pour Succès Masra, le lendemain de la dissolution judiciaire de leur mouvement pour les huit du GCAP. Et les procès se sont tenus dans des conditions jugées expéditives par les défenses respectives, qui ont toutes deux dénoncé des procédures à motivation politique.
Ce 14 août, ces hommes politiques de l’opposition ont bénéficié de la grâce présidentielle annoncée par le Président Mahamat Idriss Déby Itno. Le décret précise qu’ils sont « libérables dès que les dispositions seront prises par le ministère de la Justice dans les heures et jours qui viennent. »
CA/ac/APA







