À l’occasion de la Journée mondiale de la santé 2026, autorités sanitaires et partenaires ont insisté, à Dakar, sur le rôle central de la recherche scientifique pour renforcer les systèmes de santé, réduire la dépendance extérieure et accélérer la couverture sanitaire universelle.
L’investissement dans la science constitue un levier stratégique pour bâtir des systèmes de santé résilients et adaptés aux réalités africaines. C’est le message fort porté, ce mercredi 15 avril, lors d’une table ronde organisée à l’Institut Pasteur de Dakar, en présence de responsables institutionnels, de scientifiques et de partenaires au développement.
Le Dr Ibrahima Sossé Fall, administrateur général de l’Institut Pasteur de Dakar, a incarné cette vision en retraçant la trajectoire d’une institution devenue, selon ses mots, « un atelier intégré capable de concevoir, produire et déployer des solutions de santé adaptées aux réalités du continent et au-delà ».
Forte de plus d’un siècle d’existence et présente dans plus de 40 pays, l’IPD illustre selon lui le potentiel africain en matière d’innovation biomédicale, notamment à travers le développement du premier test rapide mondial contre la rougeole.
« Les solutions développées en Afrique peuvent avoir une portée mondiale », a-t-il affirmé.
La pandémie de Covid-19 a, pour lui, servi de déclencheur, poussant le continent à investir dans toute la chaîne de valeur scientifique, « depuis la recherche sur le virus jusqu’aux conditions GMP de production de vaccins ».
Plaidant pour une approche One Health (plus de 80 % des épidémies étant d’origine animale), il a déploré que moins de 4 % des essais cliniques mondiaux se déroulent en Afrique.
« L’Afrique ne peut pas être juste consommatrice des solutions qui se développent au niveau mondial », a-t-il lancé.
Dans le même sillage, le Dr Michel Yao, représentant résident de l’OMS au Sénégal, a rappelé que « sans capacités scientifiques locales, il ne peut y avoir de véritable souveraineté sanitaire ».
Articulant son propos autour de quatre axes (compréhension des défis sanitaires, innovation locale, accélération de la couverture sanitaire universelle et anticipation des risques), il a salué les avancées du Sénégal en matière de vaccination, de surveillance épidémiologique et de digitalisation du système de santé.
Pour y remédier, il a appelé à une mobilisation collective impliquant l’État, les institutions de recherche, le secteur privé et les partenaires techniques. « Investir dans la science, c’est investir dans l’avenir », a-t-il affirmé.
Il a également annoncé la présence d’une mission OMS-MPP pour le transfert de compétences en technologies ARNm, le pays de la Teranga (hospitalité) figurant parmi une quinzaine de pays sélectionnés dans le monde à l’issue de l’expérience Covid.
Représentant le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, le Professeur Bécaye Fall, directeur des Laboratoires, a ancré son propos dans les orientations nationales, notamment la Stratégie nationale de transformation du système de santé 2025-2034.
Saluant les progrès accomplis, il a néanmoins mis en garde contre une dépendance structurelle persistante. « Près de 85 % des financements de la recherche restent encore d’origine extérieure », a-t-il relevé.
Partant de ce constat, il a appelé l’ensemble des acteurs à bâtir « un écosystème national de recherche et d’innovation fort, coordonné et orienté vers l’impact », fondé sur une gouvernance ancrée dans les données probantes.
Les trois intervenants ont convergé sur la nécessité d’accélérer la traduction des résultats de recherche en politiques concrètes, et de renforcer la confiance entre scientifiques, décideurs et populations.
Au terme des échanges, l’investissement dans la science est apparu comme une condition indispensable pour garantir un accès équitable aux soins, anticiper les crises sanitaires et construire un système de santé plus performant et durable au Sénégal.
ARD/ac/Sf/APA







