La publication de documents américains récemment déclassifiés liés au financier déchu Jeffrey Epstein jette une lumière crue sur la manière dont certains cercles de pouvoir occidentaux percevaient les dirigeants africains. Courriels et témoignages du FBI suggèrent que des chefs d’État, dont les anciens présidents zimbabwéen Robert Mugabe et sud-africain Jacob Zuma, étaient considérés comme des acteurs aisément influençables dans des montages politiques et financiers à haut risque.
Des documents récemment déclassifiés, liés au financier américain déchu Jeffrey Epstein, révèlent comment les puissants acteurs occidentaux considéraient les dirigeants africains – notamment l’ancien président zimbabwéen Robert Mugabe et l’ancien président sud-africain Jacob Zuma – comme des participants facilement influençables dans des manœuvres économiques et politiques à haut risque.
Ces documents, publiés cette semaine par le département de la Justice américain, comprennent des échanges de courriels et des témoignages du FBI suggérant qu’Epstein et ses associés voyaient les chefs d’État africains comme des cibles faciles à manipuler dans leurs montages financiers.
Dans un courriel de 2015, Epstein aurait écrit à Joichi « Joi » Ito pour lui proposer de contacter Mugabe afin de créer une nouvelle monnaie zimbabwéenne après l’effondrement du dollar local, décrivant le pays d’Afrique australe comme un « formidable terrain d’expérimentation ».
En réponse à ce courriel – dont l’objet était, de façon révélatrice, « terre fertile à explorer » – Ito a demandé à Epstein s’il était ami avec Mugabe, ce à quoi ce dernier a répondu : « Non, mais je peux facilement attirer son attention. Le Zimbabwe serait un excellent terrain d’expérimentation. » Un autre rapport non vérifié du FBI datant de 2017 affirmait qu’Epstein gérait la fortune de Mugabe et du président russe Vladimir Poutine – une allégation qui, si elle s’avérait fondée, constituerait une violation des sanctions américaines imposées à Mugabe depuis 2003.
Mugabe, qui a dirigé le Zimbabwe pendant près de quatre décennies avant d’être destitué en 2017 à l’issue d’une transition militaire, est décédé en 2019.
Les autorités zimbabwéennes ont rejeté ces documents, les qualifiant d’inexacts ou de falsifiés, rappelant l’existence d’allégations mensongères antérieures dans ces mêmes dossiers, notamment un courriel de 2012 affirmant à tort que Mugabe était mourant en Italie.
Jacob Zuma, président de l’Afrique du Sud de 2009 à 2018, apparaît également dans les documents récemment rendus publics.
Des courriels de 2010 montrent qu’Epstein a contribué à l’organisation d’un dîner privé pour Zuma à l’hôtel Ritz de Londres, en présence d’un mannequin russe dont la participation devait, selon les organisateurs, apporter une touche de « glamour » à l’événement. Dans un message ultérieur, un participant a salué cette présence et noté que Zuma était « bien plus impressionnant et captivant » que prévu.
Bien que ces documents n’établissent aucune malversation directe de la part de Mugabe ou de Zuma, ils révèlent la manière dont certains financiers occidentaux se positionnaient autour des dirigeants africains, présumant pouvoir les entraîner dans des entreprises douteuses.
Pour les analystes, cette correspondance illustre une tendance plus large : les vulnérabilités politiques de l’Afrique sont régulièrement exploitées par des élites mondiales en quête d’influence, d’accès ou de profit.
Ces révélations ajoutent une nouvelle dimension à la longue saga Epstein, qui continue de provoquer des remous à l’échelle mondiale depuis sa mort en 2019 dans une prison new-yorkaise, alors qu’il attendait son procès pour trafic sexuel.
Déjà condamné en 2008 pour sollicitation sexuelle d’une mineure, Epstein avait néanmoins conservé de vastes réseaux au sein des élites politiques, financières et universitaires. Pour de nombreux observateurs africains, les documents récemment dévoilés illustrent la manière dont des acteurs occidentaux ont historiquement instrumentalisé des dirigeants africains dans des jeux géopolitiques et financiers, tout en alimentant les discours sur la corruption qu’ils prétendent combattre.
Dans un contexte où Mugabe et Zuma ont déjà été impliqués dans des affaires de corruption internes, ces nouvelles révélations pourraient renforcer l’image d’un leadership africain perçu comme vulnérable aux influences extérieures.
JN/fss/ac/Sf/APA






