Les pâturages couvrent plus de la moitié des terres émergées de la planète et génèrent chaque année entre 21 000 et 47 000 milliards de dollars de bénéfices, mais restent largement sous-financés, selon un nouveau rapport présenté lundi à la COP17 de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), à Oulan-Bator.
Intitulé « Rangelands Rising: Investing in Sustainable Management and Restoration », le rapport destiné à la COP17 a été publié notamment par l’Institut international de recherche sur l’élevage (ILRI), la GIZ, l’Initiative Economics of Land Degradation, l’UNCCD et l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Le document qui fait état de bénéfices annuels estimés entre 21 000 et 47 milliards de dollars appelle les gouvernements et les investisseurs à mieux reconnaître la valeur économique, environnementale et sociale des pâturages.
Ces espaces abritent un tiers des principales zones de biodiversité de la planète et peuvent générer jusqu’à 5 000 dollars de bénéfices par hectare et par an.
Pourtant, leur contribution à l’économie, à la biodiversité, à l’eau et à la résilience climatique demeure largement invisible dans les mécanismes de financement et de décision.
Le rapport remet notamment en cause l’idée ancienne selon laquelle l’élevage pastoral itinérant serait une cause majeure de dégradation des terres.
Les recherches montrent au contraire que de nombreux pâturages ont évolué avec le pâturage et que des systèmes pastoraux bien gérés ont contribué à maintenir certains des paysages les plus riches en biodiversité.
En Afrique subsaharienne, le pastoralisme représente entre 5 et 10 % du produit intérieur brut (PIB) national dans certains pays et entre 15 et 40 % de la valeur ajoutée agricole. Les pâturages fournissent notamment de la viande et du lait sur des terres difficilement exploitables pour les cultures sans recours à des intrants lourds et coûteux.
Des investissements plus rentables que les interventions d’urgence
Le rapport souligne que la restauration des pâturages peut générer entre 4 et 6 dollars de retour pour chaque dollar investi, et jusqu’à 36 dollars lorsque les bénéfices publics, notamment en matière d’approvisionnement en eau, sont pris en compte.
Une étude menée en Jordanie illustre toutefois le décalage entre les coûts supportés par les éleveurs et les bénéfices générés pour la société. La restauration d’une pratique traditionnelle consistant à laisser les pâturages se reposer n’a rapporté que 0,80 dollar pour chaque dollar investi par les éleveurs, contre un retour de 18 dollars pour la société jordanienne, principalement grâce à la recharge des nappes souterraines.
Les auteurs plaident ainsi pour une augmentation des investissements publics afin de rémunérer les services rendus par les éleveurs et de créer les conditions nécessaires à l’arrivée de capitaux privés.
Le rapport recommande également de privilégier les investissements préventifs face aux sécheresses plutôt que les réponses humanitaires tardives. Au Niger, les opérations d’aide liées à la sécheresse ont atteint environ 7 % du PIB national lors de la crise de 2021.
À l’inverse, chaque dollar consacré à temps au soutien aux populations vulnérables pourrait permettre d’économiser environ trois dollars de dépenses humanitaires ultérieures.
Les auteurs estiment par ailleurs que la restauration des pâturages légèrement à modérément dégradés offre les meilleurs rendements. Elle peut coûter aussi peu que 20 dollars par hectare, contre plus de 70 000 dollars pour les terres fortement dégradées.
Un potentiel climatique encore sous-exploité
La recherche relève également la faible prise en compte des pâturages dans les politiques climatiques nationales. Le terme « pâturages » apparaît dans les plans climatiques nationaux de seulement 24 pays au titre de l’Accord de Paris, contre 181 pays pour les forêts.
Ces territoires constituent pourtant d’importants réservoirs de carbone et jouent un rôle majeur dans la protection contre les sécheresses.
Selon les auteurs, leur intégration dans les plans climatiques nationaux et l’orientation de financements climatiques vers leur gestion pourraient offrir une des opportunités les plus importantes et les plus rentables en matière d’atténuation, d’adaptation et de résilience face au changement climatique.
Au-delà des financements, le document insiste sur l’importance de sécuriser les droits fonciers, de renforcer les institutions communautaires et de garantir une gouvernance inclusive.
Les investissements dans la restauration risquent en effet de ne pas produire de résultats durables lorsque les droits d’usage sont contestés ou que les communautés pastorales sont exclues des décisions.
Le lancement du rapport intervient durant l’Année internationale des pâturages et des pasteurs et dans le cadre de la COP17 de l’UNCCD, organisée en Mongolie, pays où le pastoralisme occupe une place importante.
ARD/ac/Sf/APA







