Le recours aux forces armées tunisiennes, pour l’approvisionnement en eau potable, des populations, illustre l’ampleur d’une crise désormais traitée dans l’urgence, sans réponse précise aux défaillances structurelles qui ont multiplié les coupures.
Le président Kaïs Saïed a ordonné le déploiement d’unités conjointes de l’Armée nationale, de la Garde nationale et de la Protection civile afin d’acheminer de l’eau potable par citernes vers les régions confrontées à des perturbations d’approvisionnement. L’opération doit être menée en coordination avec les ministères de l’Agriculture et de l’Équipement.
Présentée comme le passage «des mots aux actes», cette mobilisation constitue surtout l’aveu d’une incapacité du réseau ordinaire à assurer un service essentiel. Lorsque l’armée doit compenser l’absence d’eau dans les foyers, la pénurie ne relève plus d’un simple épisode saisonnier. La vague de chaleur a aggravé la situation, mais elle ne suffit pas à expliquer des coupures récurrentes, dont les causes techniques, financières et administratives restent peu documentées dans la communication officielle.
Les autorités ont parallèlement annoncé la découverte de stocks d’eau embouteillée conservés dans des entrepôts irréguliers situés dans plusieurs gouvernorats. Leur saisie et leur remise sur le marché ont été ordonnées. Aucun bilan précis n’a toutefois été communiqué sur les volumes concernés, les propriétaires des dépôts, les régions touchées ou les poursuites engagées. En l’absence de ces informations, la lutte contre la spéculation risque de se limiter à des opérations ponctuelles plutôt qu’à un assainissement durable des circuits de distribution.
Le ministère du Commerce et du Développement des exportations prévoit également d’injecter neuf millions de bouteilles de 1,5 et 2 litres dans les commerces du Grand Tunis. L’opération cible principalement les grandes et moyennes surfaces afin de réduire les situations de monopole et les pratiques anticoncurrentielles. Cette réponse peut temporairement atténuer la pénurie, mais elle privilégie encore l’eau conditionnée, plus coûteuse pour les ménages, au lieu de garantir l’accès régulier à l’eau potable par le réseau public.
Citernes militaires, saisies de stocks et distribution massive de bouteilles peuvent contenir la colère et répondre aux besoins les plus immédiats. Ces mesures ne constituent cependant pas une politique de sécurité hydrique. Aucun calendrier de remise à niveau des infrastructures, aucun mécanisme public de suivi des coupures ni aucune stratégie de prévention n’accompagnent pour l’instant les annonces.
L’intervention présidentielle marque donc un virage opérationnel, mais tardif et essentiellement curatif. Elle éteint provisoirement l’incendie sans expliquer pourquoi il s’est déclaré ni comment empêcher son retour. Quant aux coupures d’électricité également dénoncées par la population, elles restent largement absentes du dispositif annoncé.
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