Alors que 400 millions d’Africains restent exclus des services financiers formels, experts et responsables réunis à Lagos appellent à bâtir des solutions locales capables de garantir une véritable inclusion numérique et économique.
À l’heure où le continent connaît une transformation numérique sans précédent, près de 400 millions d’Africains demeurent exclus des services financiers formels. Un paradoxe qui, selon les experts, risque d’accentuer les inégalités si des solutions locales ne sont pas rapidement mises en place.
C’est dans ce contexte que la Fondation AfricaNenda et la Nigeria Inter-Bank Settlement System (NIBSS) ont réuni récemment à Lagos des responsables venus d’une vingtaine de pays africains – parmi eux l’Eswatini, le Togo, la Guinée, le Liberia ou encore Madagascar – pour réfléchir à l’avenir des paiements instantanés sur le continent.
Les discussions ont permis de relever que l’inclusion financière ne peut être atteinte qu’à travers des innovations enracinées dans les réalités africaines.
« L’Afrique peut construire ses propres systèmes et les rendre de classe mondiale », a martelé Dr. Robert Ochola, directeur général de la Fondation AfricaNenda.
Pour lui, les technologies importées ne suffisent pas. L’enjeu est d’imaginer des services accessibles aux commerçants informels, aux populations rurales et aux millions de personnes sans smartphone, grâce à des solutions simples comme l’USSD, des réseaux d’agents ou des options hors ligne.
« Il ne s’agit pas seulement de digitaliser, mais bien d’inclure », a-t-il insisté.
Le modèle nigérian comme référence
La rencontre a également permis au NIBSS de présenter sa nouvelle infrastructure nationale, la National Payment Stack (NPS). Ce système, déjà opérationnel au Nigéria, assure des transactions en temps réel et intègre des outils de vérification d’identité pour élargir l’accès aux services financiers.
Pour Premier Oiwoh, directeur général du NIBSS, le NPS est « plus qu’une plateforme : un investissement fondateur dans l’avenir financier du Nigéria. »
Il a souligné l’importance de la fiabilité, notant que « quand il s’agit de disponibilité, 99,9 % n’est pas suffisant. Ce 0,1 % peut être critique, voire vital. Notre seul indicateur acceptable, c’est 100 %. »
Au-delà du cas nigérian, la rencontre a débouché sur un appel à une coopération renforcée entre pays africains. Musa Jimoh, directeur de la politique des systèmes de paiement à la Banque centrale du Nigéria, a proposé la création d’un Forum africain des régulateurs sur les paiements instantanés.
Cette initiative permettrait, selon lui, d’harmoniser les standards, de renforcer la confiance et de stimuler l’innovation transfrontalière.
Le forum de Lagos a été marqué par un engagement collectif de bâtir des infrastructures financières qui reflètent la diversité et les ambitions du continent. « Ne confondons pas digitalisation et inclusion. Construisons des systèmes qui reflètent nos réalités, respectent notre diversité et répondent à nos ambitions », a plaidé Dr Ochola.
ARD/Sf/ac/APA







