Le secteur bancaire islamique marocain franchit un tournant décisif. Selon les dernières données publiées par Bank Al-Maghrib, les banques islamiques opérant dans le Royaume — également appelées « banques participatives » — ont atteint l’équilibre financier en 2024, une première depuis leur autorisation en 2018. Cette performance intervient après une croissance constante, soutenue par une demande croissante en produits financiers conformes à la charia.
Le volume total des financements accordés par ces établissements a atteint 33,8 milliards de dirhams (environ 3,1 milliards d’euros), dont près de 79 % sont des financements immobiliers via la formule Mourabaha. Du côté des ressources, les dépôts des clients ont connu une progression notable de 30,5 % en 2023, pour s’établir à 15,8 milliards de dirhams (1,45 milliard d’euros), malgré un déficit de financement de 9,7 milliards de dirhams (890 millions d’euros) comblé grâce à des mécanismes internes comme les wakala bil istithmar et le soutien des banques mères.
Les indicateurs de liquidité et de solvabilité dépassent largement les seuils réglementaires. Le ratio de liquidité à court terme atteint 195 %, tandis que le ratio de solvabilité s’élève à 16,2 % et les fonds propres de catégorie 1 à 13,5 %, assurant une solidité financière rassurante. Le réseau s’est parallèlement renforcé, avec 206 agences réparties sur tout le territoire national, notamment dans les régions de Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Fès-Meknès, qui concentrent 64 % du maillage.
En matière d’emploi, le secteur compte désormais 1 228 salariés, dont 35 % de femmes, soit une hausse annuelle de 21,2 %. Toutefois, malgré cette progression, la finance islamique au Maroc reste marginale à l’échelle internationale. Le Royaume figure parmi les derniers pays arabes à avoir adopté ce modèle bancaire, et les établissements participatifs peinent encore à élargir leur base clientèle au-delà d’un public restreint.
Le secteur continue de faire face à plusieurs défis : faible diversification des produits, sensibilisation insuffisante du grand public et persistance de certaines réticences liées à l’héritage et à la méconnaissance du modèle. À l’heure où la finance islamique mondiale est évaluée à près de 5 000 milliards d’euros, et devrait atteindre près de 9 000 milliards d’euros d’ici 2029, le Maroc entame un processus de structuration qui pourrait renforcer son positionnement sur ce marché de niche, mais prometteur.







