Le gouvernement malien a réuni, jeudi 5 décembre, les confessions religieuses après la multiplication de propos jugés offensants à l’encontre de figures spirituelles. L’exécutif annonce un cadre de concertation destiné à prévenir toute escalade dans un climat rendu plus sensible par la circulation rapide de contenus polarisants.
La rencontre organisée à la Primature malienne, autour du chef du gouvernement, fait suite à plusieurs alertes transmises aux autorités par des responsables musulmans et chrétiens, préoccupés par la diffusion croissante de messages agressifs sur les réseaux sociaux ou dans certains espaces de prédication. Selon l’entourage du Premier ministre, ces dérives ne relèvent pas d’une affaire isolée, mais d’un ensemble de signaux faibles qui, cumulés, pourraient fragiliser des communautés déjà éprouvées par les tensions sociales et les crispations doctrinales. Les autorités précisent que les propos visés, parfois anonymes, circulent sur des plateformes difficilement contrôlées et touchent autant des imams influents que des responsables d’églises.
Le Premier ministre Abdoulaye Maïga a indiqué que le cadre de concertation envisagé devra anticiper, prévenir et traiter tout comportement susceptible de porter atteinte à la cohésion sociale, rappelant que la stabilité religieuse constitue un pilier essentiel de la paix publique. Il a insisté sur l’urgence d’apporter une réponse politique face à ce qu’il a décrit comme des propos haineux et des comportements visant des personnalités religieuses exposées dans un espace numérique en mutation rapide. Il a également souligné que le comité serait composé de manière participative, avec une place particulière accordée aux chefs religieux appelés à contribuer aux mécanismes de régulation.
Les représentants du Haut conseil islamique ont salué une initiative jugée nécessaire dans un contexte où les réseaux sociaux modifient en profondeur la circulation des prises de position et la réception des discours spirituels. Le représentant du HCI, Macky Bah, a rappelé la disponibilité de son organisation à accompagner ce processus, estimant que les nouvelles formes de communication exigent des réponses adaptées pour préserver l’apaisement au sein des communautés. Les responsables catholiques et protestants présents ont exprimé la même adhésion, soulignant l’importance de disposer d’un espace capable d’intervenir avant que les tensions ne se cristallisent.
Cette démarche intervient dans un pays où les leaders religieux jouent depuis des décennies un rôle d’équilibre, de médiation et de régulation sociale, notamment lors des transitions politiques ou des périodes de crise. Les autorités redoutent aujourd’hui que des querelles internes, des rivalités entre prêcheurs ou des interprétations divergentes amplifiées en ligne ne se traduisent par des confrontations publiques, dans un environnement marqué par la sensibilité des débats identitaires. Plusieurs analystes notent que la visibilité accrue de nouveaux acteurs religieux sur Internet contribue à brouiller les repères traditionnels et à affaiblir les mécanismes internes de contrôle des discours.
En réunissant l’ensemble des confessions, l’exécutif cherche à restaurer un climat de confiance et à renforcer les réflexes de prévention dans un espace où les mots peuvent rapidement devenir des vecteurs de division. Les prochains mois diront si ce comité parvient à stabiliser un terrain rendu plus fragile par l’essor des plateformes numériques et par les attentes croissantes d’une population attachée à la préservation du vivre-ensemble.
Le gouvernement mise sur une approche concertée pour éviter que des tensions verbales ne se transforment en confrontations plus larges et pour maintenir l’équilibre d’un paysage religieux au cœur de la cohésion sociale.
MD/ac/Sf/APA






