À Dakar, la Journée nationale de l’huître a célébré ce 29 janvier la transformation d’une filière longtemps artisanale en véritable levier d’autonomisation féminine et d’innovation durable. Entre stands colorés et discours officiels, femmes transformatrices et jeunes ostréiculteurs ont incarné l’ambition du Sénégal de faire de ce mollusque un symbole de croissance aquacole inclusive.
Sous le soleil éclatant de la Place du Souvenir Africain, à Dakar, l’huître s’est invitée en star ce jeudi 29 janvier 2026. La Journée nationale de l’huître bat son plein dans une ambiance bon enfant, presque familiale : rires, échanges animés en wolof et en français, effluves iodés qui se mêlent aux parfums de poudre d’huître et de fumé artisanal.
Des tentes blanches abritent des stands colorés où des femmes venues des îles du Saloum à la Casamance, en passant par la Petite Côte, exposent avec fierté le fruit de leur travail acharné.

Sous un stand, trois femmes en boubous traditionnels impeccables, foulards noués avec élégance, veillent sur une table chargée. Des bocaux en verre scintillants renferment des huîtres séchées (yokhoss), des crevettes fumées, des huîtres semi-conservées dans l’huile, des mélanges d’épices iodées…
À côté, des sachets transparents laissent deviner des crevettes séchées, des coquillages pilés, et même de la poudre fine d’huîtres. Cette dernière est un complément alimentaire traditionnel revisité pour les volailles pondeuses ou l’alimentation humaine. Un vrai festival de saveurs et de savoir-faire.

Un peu plus loin, un autre stand attire les curieux. Des montagnes de coquilles d’huîtres broyées en granulats, transformées en poudre d’huîtres ou en blocs compacts pour l’amendement des sols ou l’alimentation animale.
« Les huîtres du Sénégal ne sont pas seulement une ressource halieutique ; elles sont un vecteur d’autonomisation, notamment pour les femmes, qui jouent un rôle central dans la collecte, la transformation et la commercialisation », déclare Dr Fatou Diouf, ministre des Pêches et de l’Economie maritime, venue personnellement témoigner de l’importance stratégique de cette filière.
« À travers cette filière, des milliers de ménages renforcent leurs revenus, améliorent leurs conditions de vie et gagnent en autonomie économique », se félicite-t-elle.
L’Association des femmes productrices affiche fièrement son slogan : valorisation, transformation, formation. Ces femmes ne se contentent plus de ramasser ; elles innovent, conditionnent, commercialisent.
« Cette édition revêt un caractère spécial. Dans une optique d’autonomisation du RENACVAH, le Réseau national des acteurs de la chaîne de valeur des huîtres, la FAO lui a confié l’organisation de la Journée nationale de l’huître », souligne Bintia Stephen Tchicaya, Coordonnatrice du Bureau sous-régional pour l’Afrique de l’Ouest et Représentante par intérim de la FAO au Sénégal.
Elle rappelle qu’à travers le fonds de contrepartie, 28 projets d’investissement ont été subventionnés à hauteur de 300 000 dollars, soit près de 170 millions de francs CFA. Des infrastructures modernisées à Dakar, Soucouta et Némaba dans les îles du Saloum témoignent de cette transformation, assure-t-elle.
Et puis, il y a les innovations techniques. Sous une tente voisine, deux jeunes hommes présentent des systèmes modernes d’élevage d’huîtres : cages en grillage métallique, collecteurs en bouteilles recyclées astucieusement fixées, tubes et structures immersibles pour la petite côte et la lagune de Somone.

Des brochures circulent, des échantillons de jeunes huîtres fixées sur substrat attirent les regards admiratifs. « Grâce à l’introduction de techniques d’ostréiculture durable, à l’amélioration des procédés de transformation, à la traçabilité et à la mise en conformité sanitaire, la filière se modernise, se professionnalise et conquiert de nouveaux marchés », se réjouit la ministre Diouf.
Elle insiste également sur la dimension écologique. Selon elle, les huîtres contribuent directement à la durabilité environnementale. Elles filtrent naturellement l’eau, participent à la restauration des mangroves et protègent les écosystèmes estuariens.
« En protégeant l’huître, nous préservons nos côtes, notre biodiversité et l’avenir de nos communautés », relève-t-elle.
Partout, l’énergie est palpable. L’huître, ce petit mollusque discret des mangroves et des estuaires sénégalais, devient ici symbole de résilience, d’autonomisation féminine et d’avenir durable pour la filière halieutique.
« Notre ambition est de faire de l’huître un symbole de croissance aquacole inclusive, un produit de fierté nationale, et un modèle de filière durable en Afrique de l’Ouest, plus particulièrement au Sénégal », conclut Dr Fatou Diouf.
ARD/ac/Sf/APA







