Porter ou ne pas porter, telle est la question explosive qui agite l’esprit des autorités locales de la région éthiopienne du Tigré, où les étudiantes portant le voile musulman sont toujours exclues de l’école, malgré la suspension de l’interdiction controversée du hijab.
La question du port du hijab dans les écoles de la région éthiopienne du Tigré reste une source de tensions. Malgré la suspension de l’interdiction par la justice, des étudiantes musulmanes continuent d’être exclues des établissements scolaires, provoquant une levée de boucliers de la part d’organisations de la société civile.
Une interdiction contestée et maintenue malgré les décisions de justice
Depuis 100 jours, 159 étudiantes de la ville d’Axoum sont privées de cours en raison du port du hijab, un voile religieux pourtant protégé par les principes de liberté religieuse inscrits dans la Constitution éthiopienne. Une coalition de six organisations – Yehono, Gorzo, Rise and Shine, Hewyet, Umbrella for the Needy et Nolawi – dénonce l’inaction des autorités locales et fédérales face à une situation qu’elle qualifie de discrimination ouverte.
Les organisations pointent du doigt les responsables scolaires qui refusent d’appliquer la décision du tribunal du district d’Axoum, lequel a suspendu la directive interdisant le hijab, la jugeant comme une « violation irréversible des droits ». Elles exigent non seulement la réintégration immédiate des élèves concernées, mais aussi des sanctions contre les chefs d’établissements impliqués et une compensation pour le temps d’apprentissage perdu.
Mobilisation et protestations en faveur des étudiantes exclues
Le mois dernier, des milliers de manifestants – étudiants et résidents musulmans – ont défilé dans les rues de Mekelle, la capitale du Tigré, pour réclamer la levée de l’interdiction. Le Conseil suprême des affaires islamiques du Tigré, fer de lance du mouvement, estime que cette politique affecte particulièrement les élèves de terminale, dont certaines n’ont pas pu s’inscrire à l’examen national, leur présence étant conditionnée au retrait du hijab.
Cheikh Adam Abdulkadir, chef du conseil, déplore que « malgré les décisions claires des tribunaux et les directives du bureau de l’éducation, nos filles se voient toujours refuser l’accès à l’éducation ». Le conseil a prévenu qu’il prendrait « d’autres mesures pacifiques en consultation avec les croyants » si la situation persistait.
Une crise qui met en lumière les tensions autour de l’islam en Éthiopie
L’Éthiopie, connue sous le nom d’Abyssinie dans la tradition islamique, a accueilli les premiers musulmans persécutés d’Arabie. Aujourd’hui, plus de 30 millions de musulmans vivent dans le pays, soit environ 31 % de la population. Malgré cette présence historique, plusieurs d’entre eux dénoncent des discriminations croissantes au niveau local.
La coalition d’organisations de la société civile insiste sur l’urgence d’une action des autorités pour faire appliquer les décisions judiciaires et garantir aux étudiantes musulmanes leur droit à l’éducation. Pour l’instant, les autorités locales et fédérales restent silencieuses sur cette affaire qui continue d’alimenter la colère et les divisions.
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