Le Caire a opposé une fin de non-recevoir aux déclarations du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, qui a laissé entendre que les Palestiniens pourraient être poussés vers la frontière égyptienne. Pour l’Égypte, ce scénario constitue une « ligne rouge » et une menace directe à sa sécurité nationale.
Les propos de Benyamin Netanyahu, affirmant être prêt à envisager l’ouverture du passage de Rafah pour permettre aux Palestiniens de quitter Gaza, ont provoqué une réaction immédiate et ferme du Caire. En accusant l’Égypte de « retenir de force » des civils dans une zone de guerre, le chef du gouvernement israélien a ravivé une crise latente. Selon la presse israélienne, Netanyahu a même brandi la menace de suspendre un nouvel accord gazier conclu avec l’Égypte.
La réponse du Caire ne s’est pas fait attendre. Le président de l’Organisme général de l’information, Diaa Rashwan, a dénoncé des « mensonges » et rappelé que l’armée égyptienne restait la seule dans la région capable de dissuader Israël dans une confrontation directe. Le ministre des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a lui aussi rejeté, dans des termes d’une rare fermeté, l’idée d’un déplacement qualifié « d’absurde ». Reçu par le chef de l’UNRWA Philippe Lazzarini, il a rappelé que ce plan menaçait autant la survie des Palestiniens que la stabilité des pays arabes voisins.
Les tensions s’inscrivent dans un contexte de relations fragiles depuis le traité de Camp David de 1979. L’ancien ambassadeur Atef Salem évoque une « paix froide » glissant vers une « menace latente », marquée par l’absence d’ambassadeur égyptien à Tel-Aviv, le contrôle israélien du corridor de Philadelphie et les craintes d’un transfert forcé des Gazaouis vers le Sinaï. Selon lui, ces initiatives traduisent la volonté israélienne de reporter sur l’Égypte la charge des crises humanitaires et sécuritaires de Gaza, tout en minimisant son rôle de médiateur.
À l’intérieur d’Israël, les critiques se font entendre. Le chef de l’opposition Yaïr Lapid a reconnu que la politique du gouvernement Netanyahu avait détérioré les relations bilatérales.
Mais au Caire, les inquiétudes sont plus larges. Les responsables égyptiens voient dans l’attitude israélienne la résurgence d’un vieux projet visant à déplacer la population palestinienne vers le Sinaï, une idée évoquée dès les années 1950.
Face à ce qu’elle considère comme une menace existentielle, l’Égypte s’appuie sur l’unité arabe et sur ses relations avec Washington pour contenir les desseins israéliens. « Le plan de déplacement n’aura pas lieu, du moins pas par le portail égyptien », a martelé Abdelatty, insistant sur le fait que les ambitions israéliennes ne sauraient être tolérées par les États arabes.
MD/ac/Sf/APA







