Avec la création du Fonds souverain stratégique pour le développement de la Côte d’Ivoire (FSD-CI), Abidjan entend mobiliser les revenus des hydrocarbures et des mines pour financer son ambitieux Plan national de développement 2026-2030, axé sur la croissance, l’emploi et l’amélioration des conditions de vie.
Mi-avril 2026, Abidjan a lancé un fonds souverain dédié à la modernisation du pays, le FSD-CI. Abondé par les revenus des hydrocarbures et du secteur minier, ce véhicule financier doit contribuer à la mise en œuvre du Plan national de développement (PND) 2026-2030. Adopté en février 2026, ce programme vise à maintenir une croissance soutenue tout en améliorant les conditions de vie et en réduisant la pauvreté, grâce à des investissements dans l’emploi, l’éducation, la santé, la protection sociale et l’accès aux services essentiels.
Le 15 avril 2026, le gouvernement ivoirien a officialisé la création du Fonds souverain stratégique pour le développement de la Côte d’Ivoire (FSD-CI). Appelé à financer une partie des grands projets du pays, il doit accompagner l’exécution du Plan national de développement (PND) pour 2026-2030. Cette feuille de route doit mobiliser 175 milliards d’euros d’investissements sur cinq ans.
Trois fonds pour convertir les revenus pétroliers et miniers
Si le secteur privé fournira l’essentiel des financements, l’État ivoirien conservera un rôle pivot à travers le FSD-CI. Ce fonds sera abondé par une quote-part des revenus tirés de l’exploitation des matières premières, en particulier les hydrocarbures et les minerais. Des transferts d’actifs publics le compléteront. L’exécutif veut transformer une partie des revenus extractifs en investissements de long terme, afin d’accroître ses marges de manœuvre budgétaires. Le fonds servira également de levier pour attirer davantage de capitaux privés.
Le FSD-CI reposera sur trois sous-véhicules financiers spécifiques. Le « Fonds de développement des infrastructures » financera des projets structurants et prioritaires, notamment dans le cadre du PND. Le « Fonds de stabilisation économique » servira d’amortisseur face aux crises extérieures, notamment en cas de chute des cours des matières premières. Enfin, le « Fonds de placements financiers stratégiques » aura vocation à faire fructifier une épargne publique destinée aux générations futures.
Les autorités ivoiriennes mettent également en avant les garanties de gouvernance du FSD-CI. Le gouvernement assure qu’il intégrera des mécanismes de contrôle interne, de gestion des risques et de transparence alignés sur les standards internationaux des fonds souverains.
Le fonds souverain s’ajoute ainsi aux autres instruments publics mobilisés pour financer le PND 2026-2030, présenté le 22 mai 2026. Cette feuille de route fixe un objectif central : hisser la Côte d’Ivoire parmi les économies à revenu intermédiaire supérieur d’ici à 2030, avec un PIB par habitant de 4 500 dollars, contre 2 641 dollars en 2024.
Le gouvernement table sur une croissance annuelle moyenne de 7,2 %, portée par l’industrialisation, la transformation agricole locale et le développement des services. L’amélioration des infrastructures, notamment dans l’énergie et les transports, soutiendra également cette trajectoire.
Transformer la croissance économique en progrès social
Au-delà de ces objectifs macroéconomiques, le gouvernement cherche à faire de la réduction de la pauvreté et de l’amélioration des services publics les principaux marqueurs de son action. Comme le résume le nouveau ministre du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba, ce PND 2026-2030 porte « une ambition forte de transformation durable du pays », à travers « la création d’emplois, le développement du capital humain, la résilience climatique, la modernisation de l’État et le progrès social ».
Le gouvernement entend ainsi ramener le taux de pauvreté à 20 % d’ici à 2030, contre 37,5 % en 2021. Pour atteindre cet objectif, l’exécutif mise notamment sur la création de 3 millions d’emplois formels, l’augmentation des revenus agricoles, le développement de l’entreprenariat et une meilleure insertion des jeunes dans les filières industrielles et technologiques.
En matière de santé, le PND fixe deux objectifs majeurs pour 2030 : porter l’espérance de vie à 65 ans, contre 62,1 ans en 2024, et diviser par trois la mortalité des enfants de moins de 5 ans.
Le gouvernement prévoit notamment d’étendre le réseau de soins afin que chaque habitant réside à moins de cinq kilomètres d’un centre de santé d’ici à 2030. Il veut également généraliser à toute la population la couverture maladie universelle (CMU), qui n’en touchait encore que 55,3 % en 2024.
Un pari sur la modernisation économique et sociale
Autre pilier du PND : permettre à tous les citoyens d’accéder « à une éducation de qualité », générale, technique et professionnelle, pour assurer leur contribution « au développement social de la Côte d’Ivoire ». L’exécutif entend notamment atteindre une scolarisation universelle au primaire et un taux d’accès à l’enseignement supérieur de 20 % en 2030, contre 11,4 % en 2024.
Plus globalement, le PND doit viser, selon Souleymane Diarrassouba, à « consolider durablement la paix, la stabilité et la cohésion sociale ». Cette ambition passe par une amélioration de l’accès aux services essentiels – eau potable, électricité, logement social, télécommunications – et par une réduction des inégalités territoriales, notamment entre Abidjan et le reste du territoire.
Plus qu’un simple instrument financier, le FSD-CI est donc appelé à soutenir la stratégie de transformation économique et sociale du pays. Il doit permettre de transformer les revenus tirés des ressources naturelles en investissements durables et en gains sociaux visibles pour la population, tout en consolidant le rôle de la Côte d’Ivoire comme pôle de stabilité en Afrique de l’Ouest.
AC/Sf/APA






