Un an après avoir prêté serment pour son second mandat, Abdelmadjid Tebboune revendique une Algérie en marche vers l’autosuffisance alimentaire et les grands projets industriels. Mais derrière les annonces, les fragilités structurelles demeurent.
Il y a douze mois, Abdelmadjid Tebboune levait la main droite dans le Palais des Nations, promettant une « Algérie victorieuse ». Un an plus tard, le chef de l’État dresse un bilan qu’il veut déjà marquant : autosuffisance en blé dur, revalorisations sociales, chantiers d’infrastructures et projets miniers d’envergure. Pourtant, à y regarder de plus près, cette vitrine cache une économie encore dépendante des hydrocarbures, des finances publiques sous tension et des réformes dont l’ampleur reste discutable.
La moisson 2025 a permis à l’Algérie d’atteindre l’autonomie en blé dur, un objectif affiché depuis longtemps. Mais cette autosuffisance repose sur des conditions climatiques favorables et sur un effort budgétaire massif pour l’irrigation, dans un pays marqué par la sécheresse. Les promesses d’arrêt des importations d’orge et de maïs d’ici 2026 paraissent ambitieuses, tant l’élevage et l’agro-industrie dépendent encore de produits importés.
Le pouvoir met en avant la révision du statut des enseignants et des professionnels de la santé, la hausse de l’allocation voyage (750 euros pour les adultes, 300 pour les enfants), ou encore l’extension du congé maternité à 150 jours. Ces mesures, présentées comme des avancées historiques, visent à restaurer la confiance entre l’État et les citoyens. Toutefois, leur impact budgétaire interroge, dans un contexte d’inflation persistante et de chômage structurel, notamment chez les jeunes diplômés.
L’habitat demeure un levier politique central. Le lancement de l’Aadl 3 et la distribution de centaines de milliers de logements sont brandis comme des victoires sociales. Mais les retards chroniques et la qualité souvent médiocre des constructions rappellent que l’accès au logement reste un dossier explosif.
Sur les infrastructures, l’extension du réseau ferroviaire vers le Sud et la mise en service de stations de dessalement marquent des progrès, mais les délais de réalisation et la maintenance à long terme posent question.
Tebboune mise sur trois grands chantiers miniers et industriels : la mine de fer de Ghar Djebilet, le complexe phosphatier de Bled El Hadba et le projet de zinc et de plomb d’Oued Amizour. Présentés comme des piliers de la diversification, ils nécessitent d’énormes investissements et des partenariats étrangers, dans un climat d’affaires encore peu attractif. La dépendance aux hydrocarbures reste écrasante : ils représentent plus de 90 % des recettes d’exportation.
Le président ambitionne de porter le PIB algérien à 400 milliards de dollars d’ici 2027. Mais cet objectif paraît déconnecté de la réalité, dans un contexte où la croissance reste volatile et indexée aux prix du gaz et du pétrole. La création d’un ministère des Hydrocarbures et des Mines, ainsi que d’un département dédié aux Énergies renouvelables, illustre une volonté de rationaliser, mais aussi la difficulté à sortir d’un modèle rentier.
MK/ac/Sf/APA






