Un vif débat oppose actuellement magistrats et avocats en Ouganda autour de la place des traditions héritées de l’époque coloniale britannique dans les tribunaux, après une directive de l’Ordre des avocats (ULS) appelant à abandonner plusieurs usages protocolaires.
Au cœur de la controverse sur la décolonisation de la justice en Ouganda figure la décision de l’Uganda Law Society (ULS) d’interdire à ses membres de s’incliner devant les juges lors des audiences et de renoncer aux formules honorifiques telles que « My Lord » et « My Lady », jugées incompatibles avec une justice moderne.
L’ULS estime que ces appellations, héritées du système judiciaire britannique, constituent des « titres féodaux » qui entretiennent une distance excessive entre les magistrats et les citoyens. Son président, Isaac Ssemakadde, affirme que la décolonisation du système judiciaire passe par l’abandon de ces symboles au profit d’un langage plus simple et accessible.
L’organisation propose de remplacer ces titres par des formules neutres comme « Monsieur le juge », « Madame la juge », « Monsieur le magistrat » ou « Madame la magistrate », voire de désigner les magistrats par leur nom de famille.
Cette initiative a toutefois suscité une vive opposition au sein de la magistrature. Plusieurs responsables judiciaires estiment que l’Ordre des avocats ne dispose d’aucune compétence pour modifier les règles de conduite applicables dans les salles d’audience.
Les magistrats défendent le maintien des usages protocolaires, qu’ils considèrent comme des éléments essentiels au respect de l’institution judiciaire, au bon déroulement des audiences et à la préservation de l’autorité des tribunaux.
Le débat relance plus largement la question de l’adaptation des institutions ougandaises aux réalités contemporaines et de la place des héritages coloniaux dans le fonctionnement de la justice.
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