Le renforcement des programmes d’assistance militaire étrangère en Somalie alimente les préoccupations de plusieurs acteurs africains, qui redoutent une montée des rivalités géopolitiques dans une région déjà fragilisée par les crises sécuritaires et politiques.
L’intensification de la présence militaire étrangère en Somalie nourrit de nouvelles inquiétudes au sein des milieux politiques et sécuritaires africains, sur fond de compétition croissante entre puissances régionales dans la Corne de l’Afrique.
Cette évolution intervient alors que la Somalie poursuit ses efforts de reconstruction institutionnelle et de lutte contre les groupes armés, dans un contexte marqué par des tensions politiques internes et une forte dépendance aux appuis extérieurs en matière de sécurité.
Selon plusieurs observateurs, la région est devenue un espace de rivalité entre plusieurs acteurs, notamment l’Arabie saoudite, la Türkiye, l’Égypte et l’Iran, dont les intérêts se croisent également dans d’autres crises régionales, à l’image du conflit au Soudan.
Les inquiétudes se sont renforcées après la visite, le 29 juin, d’une délégation militaire saoudienne dans deux camps d’entraînement des forces gouvernementales somaliennes à Guri El, dans l’État de Galmudug. Cette visite s’inscrivait dans le cadre d’un programme soutenu par Riyad destiné à former plusieurs milliers de soldats somaliens.
Pour des spécialistes de la Corne de l’Afrique, le renforcement des capacités militaires somaliennes répond à un besoin réel, compte tenu de la menace persistante des groupes armés, notamment les insurgés d’Al-Shabaab. Toutefois, ils alertent sur le risque que l’aide sécuritaire devienne un moyen d’influence politique dans un pays où les institutions restent fragiles.
La Somalie traverse depuis plusieurs mois une période de tensions politiques liées aux réformes constitutionnelles, au processus électoral et aux accusations de corruption. La capitale Mogadiscio a également connu des épisodes de violences impliquant les forces gouvernementales et des groupes armés proches de l’opposition, illustrant la persistance des divisions internes.
Des analystes estiment que l’implication croissante d’acteurs extérieurs dans le secteur sécuritaire pourrait compliquer la construction d’une armée nationale unifiée placée sous une autorité civile indépendante. Ils craignent notamment l’émergence de réseaux d’influence concurrents au sein des structures de défense.
Ces préoccupations sont renforcées par le fait que plusieurs puissances engagées dans la Corne de l’Afrique entretiennent également des relations militaires ou politiques avec différents acteurs impliqués dans les conflits au Soudan et au Yémen.
Selon des experts, une amplification de ces rivalités pourrait affaiblir les efforts de lutte contre le terrorisme en Somalie, en offrant aux groupes extrémistes des opportunités supplémentaires d’exploiter les divisions politiques internes et les tensions entre partenaires étrangers.
D’anciens responsables diplomatiques africains mettent en garde contre des scénarios observés dans d’autres pays de la région, où l’assistance militaire extérieure a progressivement servi de levier d’influence, contribuant à fragiliser les institutions nationales et à prolonger les crises.
Pour plusieurs observateurs, le défi somalien dépasse désormais la seule dimension sécuritaire. Il consiste également à préserver l’autonomie décisionnelle de l’État et à éviter que le pays ne devienne un terrain de confrontation entre puissances régionales.
Ils plaident ainsi pour un rôle accru de l’Union africaine et des organisations régionales dans l’accompagnement de la Somalie, notamment pour la construction d’institutions solides et d’une armée nationale capable de répondre aux priorités du pays sans dépendance excessive aux agendas extérieurs.
AC/Sf/APA







