Le conflit au Moyen-Orient fait peser une nouvelle menace sur les finances déjà fragilisées d’Air Sénégal, avec une hausse du coût du kérosène de 53% enregistrée à Paris dès jeudi matin, selon le directeur commercial et marketing de la compagnie.
La situation au Moyen-Orient commence à produire des effets concrets sur Air Sénégal. Assane Sambe, Directeur commercial et marketing de la compagnie nationale, a annoncé jeudi, lors de la rupture du jeûne organisée par Air Sénégal à l’intention de la presse, que le coût du kérosène à Paris avait bondi de 53 % dans la seule matinée. « Imaginez-vous, et ça vient de commencer », a-t-il averti.
Le responsable a prévenu que cette hausse se répercuterait inévitablement sur les tarifs passagers. « On sera obligés de réagir et d’ajuster sur les prix », a-t-il déclaré, relevant qu’Air France avait déjà relevé ses tarifs et qu’Air Sénégal suivrait le mouvement. Une perspective particulièrement préoccupante pour les membres de la diaspora sénégalaise attendus en nombre cet été, qui font face à des billets déjà jugés onéreux.
Une opportunité manquée faute de flotte
Paradoxalement, la crise régionale aurait pu constituer une aubaine commerciale pour la compagnie. Plusieurs transporteurs ont en effet suspendu leurs liaisons vers le Moyen-Orient, laissant le champ libre à quelques concurrents dont Turkish Airlines et Ethiopian Airlines, qui ont doublé leurs tarifs sur ces destinations. « C’est une énorme opportunité », a reconnu Assane Sambe, avant d’ajouter qu’Air Sénégal ne pourrait pas en profiter « pour la simple raison que nous n’avons pas de flotte ».
La leçon du Covid
Pour illustrer l’importance stratégique d’un pavillon national fort, le directeur commercial a rappelé le rôle joué par Air Sénégal durant la pandémie de Covid-19. La compagnie avait alors opéré l’un des vols les plus longs jamais effectués par un Airbus A330 pour aller chercher des vaccins Sinopharm en Chine, avant de rapatrier des Sénégalais bloqués en Afrique et en Europe, ainsi que des ressortissants français et britanniques basés à Dakar et à Banjul. « Tous les pays qui n’ont pas de pavillon national durant cette période-là se sont retrouvés totalement enclavés », a-t-il conclu, plaidant pour un soutien accru à la compagnie nationale.
La rencontre s’est tenue dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. Déclenchée le 28 février 2026 par une offensive militaire conjointe américano-israélienne contre l’Iran, la guerre a rapidement embrasé l’ensemble de la région. L’Iran a imposé la fermeture du détroit d’Ormuz, point de passage névralgique pour le commerce mondial des hydrocarbures, et mène depuis lors des frappes contre des navires commerciaux dans cette zone — 16 navires marchands ont été visés depuis le 1er mars. Le baril de Brent a franchi jeudi le seuil des 100 dollars pour la première fois depuis août 2022. Selon l’Agence internationale de l’énergie, il s’agit de la perturbation la plus importante de l’histoire de l’approvisionnement mondial en pétrole, avec une baisse de production estimée à au moins 10 millions de barils par jour. Pour une compagnie aérienne déjà fragilisée comme Air Sénégal, dont le kérosène représente l’un des principaux postes de charges, cette flambée des prix de l’énergie constitue une menace supplémentaire sur la trajectoire de redressement engagée.
AC/Sf/APA







