Six ans après le renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta, le Mali reste dirigé par les militaires, dans le cadre d’une transition devenue durable et qui a profondément modifié les équilibres politiques, sécuritaires et diplomatiques au Sahel.
Le coup d’État du 18 août 2020 avait mis fin au régime du président Ibrahim Boubacar Keïta, après plusieurs mois de contestations liées notamment à la situation sécuritaire, à la gouvernance et aux résultats des élections législatives. Une première transition conduite par Bah N’Daw a été interrompue en mai 2021, avant l’accession du colonel Assimi Goïta à la tête du pays.
Les élections annoncées pour février 2022, puis envisagées en 2024, n’ont finalement pas eu lieu. La révision de la Charte de la Transition, adoptée en juillet 2025, a accordé au général Assimi Goïta un mandat de cinq ans à compter de 2025, renouvelable jusqu’à la « pacification » du pays, tout en lui permettant de participer à de futures élections.
Dans le même temps, l’espace politique s’est considérablement réduit. Les partis et organisations politiques ont été dissous en mai 2025, tandis que le Conseil national de Transition continue d’exercer les fonctions législatives en attendant la mise en place des institutions prévues par la Constitution adoptée en juin 2023.
Rupture avec les partenaires occidentaux
Sur le plan diplomatique, le Mali a opéré une rupture majeure avec plusieurs partenaires occidentaux et multilatéraux. Les derniers soldats français de l’opération Barkhane ont quitté le pays en août 2022, avant la fin du mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) en décembre 2023.
La mission européenne de formation militaire a également cessé ses activités en mai 2024. Parallèlement, Bamako a renforcé sa coopération sécuritaire avec Moscou, notamment à travers l’Africa Corps, placé sous l’autorité du ministère russe de la Défense.
Ce partenariat a accompagné le renforcement des capacités des Forces armées maliennes, avec l’acquisition de drones, d’aéronefs et de véhicules blindés. Il a notamment contribué aux opérations ayant permis aux forces maliennes de reprendre Kidal en novembre 2023.
Bamako a également dénoncé en janvier 2024 l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, avant de privilégier un nouveau cadre national de paix et de réconciliation.
Naissance d’un nouvel axe sahélien
Le Mali s’est parallèlement rapproché du Burkina Faso et du Niger, avec lesquels il a créé l’Alliance des États du Sahel (AES) en septembre 2023. Transformée en Confédération en juillet 2024, cette organisation ambitionne de renforcer la coopération militaire, diplomatique et économique entre les trois pays.
Le retrait officiel des trois États de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le 29 janvier 2025, a consacré cette rupture avec l’organisation régionale.
Une force unifiée de l’AES et une Banque confédérale d’investissement et de développement ont depuis été mises en place afin de renforcer l’autonomie sécuritaire et économique du bloc sahélien.
Une situation sécuritaire toujours préoccupante
Malgré le renforcement des capacités militaires, la situation sécuritaire demeure fragile. Les attaques de groupes armés se sont poursuivies dans plusieurs régions, avec une extension de la menace vers l’ouest et le sud du pays.
Les autorités militaires revendiquent d’importants succès opérationnels, mais des organismes indépendants font état d’une hausse du nombre de victimes liées aux violences jihadistes depuis l’arrivée des militaires au pouvoir.
Cette insécurité affecte également les principaux corridors commerciaux reliant le Mali au Sénégal, à la Côte d’Ivoire, à la Guinée et à la Mauritanie, alors que le pays dépend largement de ces axes pour son approvisionnement.
Sur le plan humanitaire, les Nations unies estiment à 5,1 millions le nombre de personnes ayant besoin d’assistance en 2026. Le plan humanitaire, évalué à 577,9 millions de dollars, reste cependant largement sous-financé.
Des performances économiques contrastées
L’économie malienne affiche néanmoins une certaine résilience. La Banque mondiale table sur une croissance proche de 5 % en 2026, portée notamment par l’agriculture, les services, les télécommunications et le développement de la filière lithium.
Le secteur minier demeure stratégique. Les réformes engagées depuis 2023 ont accru la participation de l’État et des investisseurs nationaux dans les nouveaux projets. Le gouvernement affirme avoir récupéré plusieurs centaines de milliards de FCFA auprès des compagnies minières.
Cette dynamique reste toutefois confrontée au recul de la production industrielle d’or, aux difficultés énergétiques et aux perturbations des échanges liées à l’insécurité.
Six ans après le coup d’État du 18 août 2020, le Mali apparaît ainsi comme l’un des principaux moteurs de la recomposition géopolitique du Sahel. La transition militaire, initialement présentée comme une parenthèse de dix-huit mois, a profondément transformé le système politique national et les alliances régionales.
Son principal défi demeure désormais de traduire cette nouvelle doctrine de souveraineté en résultats durables sur les plans sécuritaire, économique et institutionnel, tout en clarifiant les conditions d’un éventuel retour à l’ordre constitutionnel.
MD/te/APA







