Une enquête d’Afrobarometer menée dans 38 pays africains révèle une forte acceptation des différences ethniques, religieuses et nationales, mais aussi des réserves marquées envers les étrangers et les réfugiés.
Les sociétés africaines affichent une large ouverture aux différences sociales, tout en exprimant une certaine réticence à l’égard de l’immigration, selon une nouvelle analyse d’Afrobarometer publiée mercredi.
Fondée sur 50 961 entretiens réalisés dans 38 pays en 2024/2025, l’étude montre que la majorité des Africains accepteraient de vivre à proximité de personnes appartenant à une autre communauté, religion, formation politique ou nationalité.
L’acceptation atteint 87 % lorsqu’il s’agit d’une personne d’une autre ethnie et 84 % pour une personne d’une autre religion. Elle s’établit à 81 % pour les personnes d’une autre appartenance politique et à 77 % pour celles d’une autre nationalité.
Cette ouverture ne signifie toutefois pas que la confiance entre groupes sociaux soit du même niveau. Si 81 % des répondants déclarent faire au moins partiellement confiance à leurs proches, la proportion tombe à 58 % pour les voisins, à 49 % pour les personnes d’une autre ethnie et à 48 % pour celles d’une autre religion.
L’écart entre tolérance et confiance apparaît ainsi comme l’un des principaux enseignements de l’étude.
La question migratoire fait ressortir une autre ligne de fracture. Près des deux tiers des personnes interrogées, soit 64 %, estiment que leur gouvernement devrait autoriser l’entrée de moins de travailleurs étrangers, voire d’aucun.
La proportion atteint 70 % concernant les réfugiés. Autrement dit, malgré une forte disposition à accepter des personnes différentes dans leur environnement immédiat, une majorité des répondants souhaite limiter l’arrivée de certains groupes étrangers.
Les perceptions de la contribution économique des immigrants sont, elles, beaucoup plus équilibrées. Quelque 45 % des Africains interrogés considèrent que les immigrants ont un impact positif sur l’économie de leur pays, contre 44 % qui estiment leur contribution négative.
L’Afrique du Sud figure parmi les pays où les attitudes à l’égard de l’immigration apparaissent particulièrement restrictives, selon l’analyse.
Identité et discrimination
L’enquête s’intéresse également au rapport entre identité nationale et appartenance ethnique. Près de 85 % des répondants déclarent accorder au moins autant d’importance à leur identité nationale qu’à leur identité ethnique.
Quelque 46 % affirment se sentir également attachés aux deux, illustrant la coexistence de ces deux dimensions identitaires dans de nombreuses sociétés africaines.
Parallèlement, les perceptions de discrimination ethnique restent présentes. Si 56 % des personnes interrogées estiment que leur gouvernement ne traite jamais leur groupe ethnique de manière injuste, 24 % disent que cela se produit parfois, 11 % souvent et 6 % toujours.
La situation décrite par Afrobarometer est donc celle d’un continent où les relations de proximité restent marquées par une forte ouverture à la diversité, mais où la confiance au-delà des frontières communautaires demeure plus limitée.
Les résultats montrent également que cette tolérance sociale ne s’étend pas automatiquement aux politiques migratoires, les préoccupations économiques, sociales et liées à l’accueil des étrangers pesant sur les attitudes des populations.
Réalisée par un réseau panafricain et non partisan de recherche par sondage, l’étude Afrobarometer s’appuie sur des entretiens en face à face conduits dans la langue choisie par les répondants. Les enquêtes nationales présentent une marge d’erreur de +/-2 à +/-3 points de pourcentage, avec un niveau de confiance de 95 %.
TE/Sf/APA





