La Tunisie amorce un pivotement diplomatique majeur visant à transformer le pays en médiateur des tensions maghrébines et catalyseur de l’intégration régionale. Le gouvernement tunisien, dans une déclaration de politique étrangère présentée au parlement le 16 septembre, énonce une stratégie proactive de rapprochement avec le Maroc, l’Algérie, et la Libye, reposant sur la multiplication des forums bilatéraux, la création de commissions mixtes de développement économique, et l’amélioration des connectivités terrestres et aériennes.
La stratégie tunisienne s’appuie sur la neutralité relative du pays dans les différends majeurs régionaux. Contrairement au Maroc, impliqué dans le conflit du Sahara Occidental, ou à l’Algérie, structurellement rivale du Maroc, la Tunisie dispose d’une marge de manœuvre diplomatique. Elle peut servir de plateforme de négociation où des gouvernements régionaux se rencontrent sans risque de perdre la face. Le gouvernement tunisien capitalise sur ce positionnement en proposant un siège tunisien pour les forums maghrébins réguliers et en s’offrant comme hôte de conférences économiques multilatérales.
Les implications pour le Maghreb sont potentiellement transformatrices. Une Tunisie active diplomatiquement pourrait accélérer la réalisation des projets d’intégration économique longtemps bloqués par les tensions politiques. L’Union du Maghreb Arabe (UMA), créée en 1989 mais demeurée largement inactive, pourrait retrouver une dynamique opérationnelle. Les projets d’interconnexion électrique, de corridors de transport, et d’échanges commerciaux préférentiels, longtemps dans les cartons, pourraient progresser concrètement. Cette dynamique tunisienne changerait la physionomie de l’économie régionale nord-africaine, actuellement fragmentée et peu intégrée comparée à d’autres unions régionales africaines.
Internationallement, le repositionnement tunisien modifie les calculs des grandes puissances. La Tunisie, nation musulmane laïque et partenaire atlantiste historique, représente un potentiel de stabilité régionale estimable pour l’Europe et les États-Unis. Son ascension diplomatique renforcerait les voix modérées et pragmatiques au sein du Maghreb, contrebalançant les positionnements plus idéologiques ou nationalistes d’autres acteurs régionaux. Cette dynamique conforte la Tunisie dans un rôle de pont entre l’Orient et l’Occident méditerranéens.
MK/AK/Sf/APA





