La planète est entrée dans une phase de dégradation durable de ses ressources en eau, dépassant désormais le stade des pénuries ponctuelles pour évoluer vers une situation qualifiée de « faillite hydrique », selon le Rapport mondial sur la faillite hydrique 2026 de l’Institut de l’Université des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé (UNU-INWEH).
Le rapport de la Banque mondiale estime que la notion de « crise de l’eau » ne suffit plus à décrire l’ampleur du phénomène, caractérisé par une surexploitation persistante des ressources hydriques et une dégradation progressive des capacités naturelles de renouvellement.
Les auteurs définissent la faillite hydrique comme un état dans lequel « l’utilisation de l’eau a durablement dépassé les apports renouvelables et les seuils d’exploitation sûrs », provoquant une dégradation irréversible ou difficilement réversible des ressources.
Près des trois quarts de la population mondiale vivent désormais dans des pays confrontés à une forme d’insécurité hydrique, selon le document.
Depuis 1970, environ 410 millions d’hectares de zones humides ont disparu à travers le monde, soit une superficie comparable à celle de l’Union européenne, pour un coût économique estimé à 5 100 milliards de dollars.
Le rapport fait également état d’une diminution de plus de 30 % de la masse des glaciers mondiaux, tandis qu’environ 70 % des principaux aquifères de la planète enregistrent un déclin à long terme.
L’Afrique particulièrement exposée
L’Afrique figure parmi les régions les plus vulnérables à cette détérioration. La croissance démographique rapide, l’urbanisation accélérée, les effets du changement climatique, la vétusté des réseaux et le déficit chronique d’investissements accentuent la pression exercée sur les ressources disponibles.
Plus de 400 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une eau potable sûre, alors que les opérateurs du secteur doivent répondre à une demande croissante dans un contexte marqué par des précipitations de plus en plus irrégulières.
Les sécheresses prolongées dans la Corne de l’Afrique, la diminution des débits de certains cours d’eau en Afrique australe et la multiplication des saisons des pluies déficitaires illustrent cette évolution.
Les grands bassins fluviaux du continent, notamment ceux du Nil, du Niger, du Limpopo et du Zambèze, sont soumis à des pressions croissantes. Dans plusieurs régions, les eaux souterraines sont également exploitées à un rythme supérieur à leur capacité naturelle de renouvellement.
À cette pression climatique et environnementale s’ajoutent les importantes pertes enregistrées dans les réseaux de distribution. Les fuites, les infrastructures vieillissantes et les systèmes de comptage défaillants entraînent le gaspillage d’une partie significative de l’eau produite avant même qu’elle n’atteigne les consommateurs.
La fragilité financière de nombreux services publics d’eau constitue un autre obstacle majeur. Incapables de couvrir leurs coûts d’exploitation, certains opérateurs restent fortement dépendants des financements publics, limitant leur capacité à investir dans la maintenance et la modernisation des réseaux.
Urbanisation et agriculture sous pression
L’urbanisation rapide accentue également les tensions. De grandes métropoles africaines, parmi lesquelles Lagos, Nairobi, Dar es Salaam et Johannesburg, connaissent une croissance qui dépasse parfois les capacités de leurs infrastructures hydrauliques.
Cette situation se traduit par des rationnements, des interruptions de service et un recours croissant aux camions-citernes et aux sources alternatives d’approvisionnement.
Les zones rurales restent tout aussi vulnérables, notamment lorsque les populations dépendent de forages, de puits ou de cours d’eau saisonniers dont la disponibilité et la qualité sont de plus en plus incertaines.
L’agriculture constitue un autre enjeu majeur. Principal secteur consommateur d’eau sur le continent, elle reste confrontée à une faible efficacité des systèmes d’irrigation, à l’obsolescence de certains équipements et à d’importantes pertes liées à l’évaporation.
La concurrence pour l’accès à l’eau s’intensifie parallèlement avec l’expansion des activités minières, la production d’électricité et le développement des infrastructures.
Face à cette situation, le rapport appelle à renforcer les investissements dans les infrastructures hydrauliques résilientes au changement climatique, la réduction des pertes dans les réseaux, l’amélioration de l’efficacité agricole et la protection des écosystèmes.
Les solutions fondées sur la nature, notamment la restauration des zones humides, la protection des bassins versants et la recharge des nappes phréatiques, sont également présentées comme des leviers essentiels pour préserver les ressources disponibles.
Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse désormais la seule question de l’accès à l’eau potable. Il concerne également la sécurité alimentaire, la santé publique, l’urbanisation, l’énergie et la stabilité économique des Etats.
Le rapport avertit ainsi que, sans une accélération des investissements et des réformes de gouvernance de l’eau, plusieurs pays pourraient voir leur situation évoluer d’une crise temporaire vers une pénurie structurelle et durable, caractéristique de ce que les auteurs qualifient de « faillite hydrique ».
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