La décision des autorités sénégalaises d’accorder des licences de pêche démersale côtière à cinq navires battant pavillon sénégalais suscite une forte polémique au sein du secteur halieutique.
Pour cinq licences de pêche démersale accordées par l’Etat à des navires battant pavillon sénégalais, organisations de pêcheurs artisanaux, acteurs de la société civile et défenseurs de l’environnement dénoncent une mesure qu’ils jugent préoccupante pour l’avenir des ressources marines du pays.
Cette décision intervient dans un contexte marqué par la raréfaction de plusieurs espèces de poissons très consommées au Sénégal, notamment le thiof, le rouget et la lotte.
Depuis plusieurs années, scientifiques et professionnels alertent sur la pression croissante exercée sur les ressources halieutiques.
Selon plusieurs observateurs, l’octroi de ces nouvelles autorisations remet en question le gel des licences de pêche démersale instauré depuis 2006 afin de limiter la surexploitation des fonds marins.
Inquiétudes dans la pêche artisanale
Dans les principales localités de pêche du pays, la colère monte parmi les acteurs de la pêche artisanale. Ces derniers estiment que l’arrivée de nouveaux navires industriels risque d’aggraver la diminution des captures déjà constatée en mer.
Les pêcheurs artisanaux redoutent notamment une concurrence accrue avec les chalutiers industriels, souvent accusés de prélever d’importantes quantités de poissons dans des zones fréquentées par les pirogues.
Le secteur artisanal constitue pourtant l’un des piliers de l’économie côtière sénégalaise, générant des milliers d’emplois dans la pêche, la transformation et le commerce du poisson.
Des interrogations sur les armateurs
Au-delà de la question environnementale, plusieurs organisations s’interrogent sur les véritables bénéficiaires de ces licences. Des ONG spécialisées dans la gouvernance des ressources marines évoquent depuis longtemps l’existence de navires enregistrés sous pavillon sénégalais mais contrôlés, dans les faits, par des intérêts étrangers.
Ces critiques réclament davantage de transparence sur l’identité des armateurs, les conditions d’attribution des licences ainsi que les études scientifiques ayant motivé cette décision.
Pour les détracteurs de la mesure, l’enjeu est aussi celui de la souveraineté halieutique du Sénégal et de la protection des ressources marines face à une industrialisation croissante du secteur.
Alors que le poisson représente une source essentielle d’alimentation pour les populations sénégalaises, cette nouvelle polémique relance le débat sur la gestion durable des ressources halieutiques.
Plusieurs acteurs du secteur appellent désormais les autorités à ouvrir des concertations avec les pêcheurs artisanaux et les scientifiques afin d’éviter une aggravation des tensions dans les communautés côtières.
Le gouvernement, de son côté, n’a pas encore communiqué en détail sur les critères ayant conduit à l’attribution de ces nouvelles licences.
TE/Sf/APA






