Le gouvernement sénégalais lance une opération d’enrôlement visant à délivrer 10 000 cartes numériques aux orpailleurs de Kédougou et Tambacounda, une mesure destinée à mieux encadrer l’activité artisanale de l’or et à lutter contre les accidents récurrents sur les sites clandestins.
Les autorités sénégalaises veulent franchir une nouvelle étape dans l’encadrement de l’orpaillage artisanal avec le lancement d’une vaste campagne de formalisation des acteurs du secteur dans les régions de Kédougou et de Tambacounda.
L’opération, qui se poursuit jusqu’à la fin du mois d’octobre 2026, doit permettre l’identification et l’enrôlement de 10 000 orpailleurs, en vue de leur délivrer des cartes numériques d’artisans miniers.
Selon le directeur régional de l’Énergie, des Mines et du Pétrole de Kédougou, Abou Sow, cette initiative répond à la volonté des pouvoirs publics de mieux organiser une activité qui occupe une place importante dans l’économie locale, mais qui reste confrontée à de nombreux problèmes liés à l’exploitation clandestine et à l’insécurité des sites.
Deux points d’enrôlement ont été ouverts à Kédougou, à la Direction régionale des mines et à la mairie de Saraya, tandis qu’un dispositif est également prévu à Tambacounda.
« Nous allons délivrer dix mille cartes aux orpailleurs des régions de Kédougou et Tambacounda conformément à la volonté des pouvoirs publics d’encadrer l’activité d’orpaillage », a expliqué M. Sow.
Une réponse aux accidents à répétition
Au-delà de l’identification des acteurs, la mise en place de ces cartes numériques vise notamment à réduire les risques liés à l’exploitation des sites clandestins, où les éboulements meurtriers sont devenus récurrents.
La région de Kédougou a été particulièrement endeuillée ces derniers mois. En janvier 2026, six personnes ont péri dans un éboulement à Gamba-Gamba, sur le périmètre d’Afrigold, avant qu’un nouvel accident ne fasse deux morts et trois blessés au même endroit le 8 février.
À Kharakhéna, dans le département de Saraya, les drames se sont également succédé. Deux personnes sont mortes et deux autres ont été grièvement blessées lors d’un éboulement survenu en avril, sur un périmètre pourtant interdit à l’orpaillage. À cette occasion, les autorités locales faisaient état d’au moins 21 décès enregistrés en trois mois dans cette zone.
Quelques jours plus tard, un autre éboulement sur le même périmètre a encore coûté la vie à un orpailleur étranger, portant le bilan des décès liés aux éboulements à 22 victimes en trois mois à Kharakhéna, selon une source sécuritaire citée par la presse.
La série noire s’est poursuivie en juin et juillet. Un orpailleur d’environ 32 ans est notamment décédé après l’effondrement d’un ancien puits abandonné exploité clandestinement entre Saïenssoutou et Bondala.
Début juillet, six orpailleurs étrangers ont encore trouvé la mort à Séguéko, dans la commune de Bembou, après l’effondrement d’un cratère clandestinement exploité. Un blessé grave avait également été enregistré. Les premières constatations évoquaient l’instabilité du sol, fragilisé par les pluies et les creusements anarchiques.
Quelques jours plus tard, un autre éboulement survenu près de Dambala, dans la commune de Missirah Sirimana, a fait quatre morts, portant à trois le nombre d’accidents de ce type enregistrés dans la région en moins d’une semaine.
Le préfet de Saraya, Babacar Niang, avait d’ailleurs indiqué en avril que les éboulements liés à l’orpaillage avaient fait 54 morts en 2025 et au moins 22 victimes depuis le début de 2026 à cette date, plaidant pour une approche combinant régulation, sécurisation et accompagnement des acteurs.
L’accès aux sites officiels conditionné à la carte
Dans ce contexte, les autorités veulent faire de la carte numérique un outil de contrôle et de prévention. Les détenteurs de cette carte pourront accéder progressivement aux sites d’exploitation officiellement reconnus.
À Kédougou, six sites officiels sont déjà ouverts, contre trois à Tambacounda, sur un total de 33 sites retenus pour la phase test.
D’autres zones, notamment Kharakhéna, Sabodala, Sambranbougou (Makabingi), Tenkoto Nord et Ngary Sékoto, doivent également accueillir des sites miniers officiels.
L’objectif est de déplacer progressivement les activités vers des espaces identifiés et mieux encadrés, afin de réduire la fréquentation des puits et galeries clandestins, souvent dépourvus de dispositifs de sécurité.
Le processus concerne aussi bien les orpailleurs sénégalais que les ressortissants étrangers exerçant dans les zones aurifères des deux régions.
Pour les autorités, l’identification des travailleurs constitue ainsi un préalable à une meilleure maîtrise du secteur, à la lutte contre les trafics clandestins d’or et surtout à la prévention des accidents.
À terme, l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation doit réserver l’accès aux sites formels aux seuls orpailleurs disposant d’une carte numérique d’artisan minier.
Les pouvoirs publics espèrent ainsi rompre avec la succession de drames qui endeuillent régulièrement les communautés minières de Kédougou, où l’exploitation artisanale de l’or demeure une importante source de revenus mais continue d’exposer de nombreux travailleurs à des risques mortels.
TE/APA







