L’Union européenne a absorbé environ 95 % des exportations algériennes de GNL en 2025, consolidant un partenariat énergétique présenté comme stratégique, mais révélateur d’une interdépendance asymétrique et d’une vulnérabilité structurelle.
La visite attendue du commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen, à Alger s’inscrit dans un contexte de recomposition accélérée des flux gaziers vers l’Europe. Bruxelles vise l’élimination des importations russes d’ici fin 2027 et cherche à consolider des fournisseurs jugés fiables, au premier rang desquels figure l’Algérie. Selon l’agence italienne Nova, l’Europe a absorbé en 2025 près de 95 % des exportations totales de gaz naturel liquéfié (GNL) algérien, illustrant l’intensité du lien énergétique entre les deux rives de la Méditerranée.
Les discussions prévues avec le ministre algérien des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab, devraient porter sur la sécurisation des approvisionnements, les exemptions réglementaires accordées au GNL algérien, ainsi que sur les perspectives de coopération dans l’hydrogène vert et les énergies renouvelables. Bruxelles a en effet exempté le GNL algérien du nouveau mécanisme renforcé de déclaration d’origine imposé à d’autres fournisseurs, confirmant le statut d’Alger comme partenaire prioritaire.
Les chiffres témoignent d’un ancrage solide. En 2025, la Turquie a importé 3,14 millions de tonnes de GNL algérien, suivie de la France (2,31 millions), de l’Italie (1,62 million), de l’Espagne (1,44 million) et du Royaume-Uni (0,64 million). L’Algérie a par ailleurs dépassé les États-Unis comme premier fournisseur de GNL de l’Espagne. Sur le plan des gazoducs, l’Italie a importé près de 20,1 milliards de mètres cubes via le Transmed, soit environ 31 % de ses importations totales de gaz, malgré une légère baisse par rapport à 2024.
Cependant, derrière la rhétorique du « fournisseur fiable », se dessine une dépendance réciproque qui interroge la stratégie énergétique algérienne. Si l’Europe diversifie ses sources, l’Algérie concentre l’essentiel de ses débouchés sur un seul marché, dans un contexte où l’Union européenne accélère sa transition vers les renouvelables et le GNL spot mondial. La hausse record des importations européennes de GNL à 103,44 millions de tonnes en 2025, en progression de 24 % sur un an, traduit une compétition accrue entre fournisseurs.
Cette configuration expose Alger à une pression structurelle sur les prix et les volumes à moyen terme. La centralité actuelle du gaz algérien repose autant sur la conjoncture géopolitique que sur une capacité à maintenir des flux stables. Or, la question de l’investissement dans l’amont gazier, la modernisation des infrastructures et la diversification énergétique interne demeure déterminante pour éviter que la rente gazière ne se transforme en dépendance budgétaire prolongée.
La coopération énergétique avec l’Union européenne offre à l’Algérie une fenêtre d’opportunité stratégique. Encore faut-il qu’elle s’accompagne d’une vision industrielle et d’une transition maîtrisée, afin que le statut de partenaire clé ne masque pas une fragilité structurelle face aux mutations rapides du marché mondial de l’énergie.
MK/AK/Sf/APA






