Les compliments du Fonds monétaire international ne sont jamais anodins. Encore moins lorsqu’ils concernent une économie longtemps perçue comme rigide, dépendante des hydrocarbures et peu ouverte aux investissements internationaux.
En saluant à Alger les « bases solides » de l’économie algérienne, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a offert aux autorités un satisfecit rare, aussitôt érigé en validation internationale d’une trajectoire économique présentée comme vertueuse. Mais derrière ce discours flatteur, l’analyse mérite d’être nuancée.
Les propos de la patronne du FMI, tenus à l’occasion d’une conférence organisée avec la Banque d’Algérie, mettent en avant des réformes structurelles engagées ces dernières années : nouvelle loi sur l’investissement, réforme du foncier, création de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) et numérisation progressive de l’administration. Sur le papier, ces avancées marquent une rupture avec l’immobilisme passé. Dans les faits, leur portée reste encore limitée, tant l’écart demeure important entre l’architecture réglementaire annoncée et sa mise en œuvre effective sur le terrain.
La numérisation, souvent citée comme symbole de modernité, avance à un rythme inégal. La dématérialisation des procédures administratives demeure partielle, fragmentée, et souvent entravée par des pratiques bureaucratiques persistantes. Pour de nombreux investisseurs, locaux comme étrangers, la lisibilité du cadre réglementaire reste fragile, tandis que l’insécurité juridique et l’instabilité des règles continuent de peser sur les décisions d’engagement à long terme.
L’autre pilier de l’éloge du FMI concerne les exportations hors hydrocarbures, que Kristalina Georgieva affirme avoir « plus que doublé en cinq ans ». Si la progression est réelle, elle doit être relativisée. Ces exportations demeurent marginales au regard de la structure globale de l’économie et restent largement dépendantes de segments à faible valeur ajoutée. La diversification vantée reste ainsi quantitative plus que qualitative, sans transformation profonde de l’appareil productif ni montée significative en gamme industrielle.
La croissance soutenue et le recul de l’inflation, également mis en avant, s’expliquent en grande partie par un contexte favorable des prix de l’énergie et par une politique budgétaire expansive fondée sur l’investissement public. Cette dynamique, si elle soutient l’activité à court terme, pose la question de sa soutenabilité à moyen terme, dans un pays où le secteur privé peine encore à jouer un rôle moteur et où l’environnement des affaires demeure peu compétitif.
Le discours optimiste sur les énergies renouvelables et l’hydrogène vert illustre lui aussi cette ambivalence. Le potentiel est indéniable, mais les projets structurants restent embryonnaires, souvent annoncés avant d’être véritablement financés ou opérationnalisés.
L’Algérie demeure avant tout une économie d’hydrocarbures, et la transition énergétique, bien que proclamée, avance plus lentement que ne le suggère la rhétorique officielle.
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