La Tunisie est confrontée à une vive controverse politique après les révélations, début octobre, de médias algériens faisant état de la signature d’un accord sécuritaire avec l’Algérie autorisant, sous certaines conditions, l’intervention de forces algériennes sur le sol tunisien. Présenté officiellement comme un instrument de coopération dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, le texte soulève de lourdes interrogations quant à ses implications sur la souveraineté nationale tunisienne.
Face au malaise suscité par ces informations, les autorités de Tunis ont nié l’existence d’un nouvel accord, affirmant qu’il s’agissait d’une simple mise à jour technique du traité de coopération sécuritaire signé en 2001 entre la Tunisie et l’Algérie. Ce démenti n’a toutefois pas mis fin aux spéculations, d’autant que des documents ultérieurement divulgués par des sources algériennes, et relayés par la presse française, décrivent un dispositif d’une portée bien plus engageante.
Selon ces éléments, l’accord accorderait à Alger un droit d’intervention pouvant atteindre jusqu’à cinquante kilomètres à l’intérieur du territoire tunisien, à la demande des autorités locales. Il prévoirait également l’accès des forces algériennes à certaines infrastructures tunisiennes, tandis que Tunis assumerait l’ensemble des coûts logistiques liés à leur déploiement. Des clauses évoquant des compensations en ressources naturelles ont également été mentionnées, donnant à l’arrangement une dimension transactionnelle inhabituelle dans les relations interétatiques.
La disposition la plus sensible concerne toutefois l’obligation faite à la Tunisie de solliciter l’aval préalable de l’Algérie avant toute conclusion d’accord sécuritaire ou militaire avec un pays tiers. Pour plusieurs observateurs, une telle clause reviendrait à placer de facto la politique de défense tunisienne sous tutelle régionale, en contradiction avec les partenariats stratégiques engagés par Tunis depuis 2023 avec l’Union européenne et les États-Unis.
Ces révélations fragilisent le discours du président Kaïs Saïed qui a bâti sa légitimité sur la dénonciation des ingérences étrangères depuis son coup de force institutionnel de juillet 2021. Lors d’un rassemblement de soutien à Tunis, le chef de l’État a rejeté l’authenticité des documents publiés, accusant ses opposants de manipulation et de collusion avec des chancelleries étrangères, sans toutefois apaiser les inquiétudes exprimées par une partie de l’opinion.
MK/AK/Sf/APA







