La cheffe de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), Bintou Keita, a quitté Kinshasa le 30 novembre, mettant fin à près de cinq années à la tête de l’une des plus importantes opérations de maintien de la paix au monde.
Selon la mission onusienne, son départ, initialement prévu pour février 2026, a été avancé à fin novembre 2025 pour des « raisons personnelles ».
Arrivée en février 2021 à la tête de la MONUSCO, Mme Keita avait pris ses fonctions dans un contexte d’offensives récurrentes, de violences armées persistantes et de pression grandissante sur les effectifs de maintien de la paix. Cette période a été marquée par une triple urgence : protéger les civils, stabiliser un terrain de conflit et préparer un retrait progressif conformément à la volonté du gouvernement congolais et aux orientations du Conseil de sécurité de l’ONU.
Diplomate chevronnée forte de plus de trente ans d’expérience, elle avait notamment exercé comme Sous-Secrétaire générale pour l’Afrique et envoyée adjointe pour la mission conjointe UA-ONU au Darfour.
Dès les premiers jours de son mandat, elle a été confrontée à l’éruption du volcan Nyiragongo. Elle ordonnait alors la relocalisation de plus de 3 000 employés de l’ONU, mobilise les unités de génie pour dégager les axes et appuie la surveillance volcanologique, affirmant que « sauver des vies était la seule priorité ».
Face au retour offensif du M23 dans le Nord-Kivu, la cheffe de mission passe plusieurs jours sur le terrain aux côtés des équipes civiles et militaires, supervisant des évacuations délicates. En juin 2025, elle reçoit le mouvement rebelle à Goma, déclarant que celui-ci « a exprimé sa volonté de trouver une solution pacifique ».
Son mandat a également été marqué par des manifestations anti-MONUSCO, parfois violentes, notamment en 2022. Elle condamne alors fermement les attaques contre les Casques bleus, estimant que « s’attaquer aux casques bleus, c’est s’attaquer à la protection des civils », tout en alertant sur la montée des discours de haine et de la désinformation.
Sous sa direction, un plan de transition conjoint est signé en septembre 2021, fixant le cadre du retrait progressif de la mission. La MONUSCO se retire successivement du Tanganyika, du Sud-Kivu puis du Kasaï entre 2021 et 2024, transférant une partie de ses équipements aux autorités congolaises. « Le départ de la MONUSCO ne signifie pas le départ de l’ONU », rappelle-t-elle.
Mme Keita a par ailleurs fait de la protection des femmes et des enfants, ainsi que de la prévention des violences électorales, une priorité transversale, mobilisant les programmes onusiens pour renforcer les capacités locales et soutenir les communautés.
Son départ intervient toutefois dans un contexte de tensions renouvelées. Kinshasa réclame le départ d’un porte-parole de la mission, l’AFC/M23 accuse la MONUSCO d’être une « entité belligérante vaincue » et Kigali juge la mission trop proche du gouvernement congolais.
La MONUSCO reste désormais concentrée sur ses opérations au Nord-Kivu et en Ituri.
Avant sa nomination à la tête de la mission, Mme Keita occupait depuis 2017 le poste de Sous-Secrétaire générale chargée des opérations de maintien de la paix.
RNK/Sf/APA






