Le président tunisien, Kais Saied, a qualifié vendredi d’ « ingérence flagrante » dans les affaires intérieures du pays une résolution adoptée par le Parlement européen.
Le président Kaïs Saïed a réagi à la résolution adoptée jeudi 27 novembre par le Parlement de l’Union européenne qui a appelé« à la libération » de toutes les personnes détenues en Tunisie pour avoir exercé leur liberté d’expression.
En recevant le ministre des affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, Kaïs Saïed lui a demandé de protester auprès des Européens qui « peuvent apprendre des leçons de notre part dans le domaine des droits et libertés », rapporte un communiqué de la présidence tunisienne.
Le dirigeant tunisien a indiqué avoir déjà convoqué mardi l’ambassadeur européen à Tunis, Giuseppe Perrone pour « non respect des règles du travail diplomatique », au lendemain d’une rencontre entre ce diplomate et le chef du puissant syndicat UGTT, co-lauréat du Prix Nobel de la Paix 2015 pour son rôle dans le processus démocratique tunisien après la révolution de 2011.
Le Parlement européen a voté jeudi une résolution appelant à libérer « toutes les personnes détenues pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression, y compris les prisonniers politiques et les défenseurs des droits humains », selon le site du PE.
Les députés européens ont aussi exhorté la Tunisie « à sauvegarder et protéger la liberté de réunion et d’expression ainsi que l’indépendance du pouvoir judiciaire », selon le texte.
Dans un procès en appel, une quarantaine de figures de l’opposition dont une majorité emprisonnés depuis le printemps 2023, ont été condamnées vendredi à des peines allant jusqu’à 45 ans de prison, certains accusés recevant un alourdissement et d’autres un allègement de leurs condamnations initiales.
Dans sa résolution, le Parlement européen a nommément cité Sonia Dahmani, une avocate et chroniqueuse connue, appelant à sa libération « immédiate et inconditionnelle ».
L’avocate est sortie de prison jeudi après-midi, après le vote de la résolution et à l’issue de 18 mois de détention après avoir bénéficié d’une libération conditionnelle, mais elle reste poursuivie dans plusieurs affaires en vertu d’un décret sur les fausses informations, très critiqué par les défenseurs des droits.
Dans la vidéo diffusée par la présidence tunisienne, M. Saied a aussi demandé à son chef de la diplomatie de « protester fermement auprès d’une représentante d’un pays étranger accrédité en Tunisie », qu’il a accusée d’ingérence.
Le ministère des Affaires étrangères a annoncé peu après avoir convoqué l’ambassadrice des Pays-Bas Josephine Frantzen pour protester contre un manquement « aux usages diplomatiques », l’appelant à « ne pas interférer dans les affaires intérieures » tunisiennes, sans donner de précisions sur les faits reprochés.
AK/Sf/APA






