À l’occasion du 64ᵉ anniversaire des accords d’Évian, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé l’attachement du pouvoir à la mémoire de la guerre de libération.
Dans un message diffusé pour la Fête de la victoire, le chef de l’État a présenté l’indépendance de l’Algérie comme « une victoire arrachée au prix de rivières de sang, de tragédies et de destructions massives ». Il a salué une Révolution portée par un peuple « profondément attaché à son authenticité et à son identité », rappelant les sacrifices consentis pendant la guerre contre la colonisation française.
Le président Tebboune a également affirmé que l’Algérie actuelle restait « fidèle au message des martyrs » et poursuivait la construction d’un État souverain capable de renforcer « son immunité économique » dans un contexte international qualifié d’« erratique ».
Cette rhétorique s’inscrit dans une continuité politique bien établie dans le pays, où la mémoire de la guerre d’indépendance demeure l’un des principaux fondements de la légitimité du pouvoir.
Au-delà du registre mémoriel, le chef de l’État a évoqué les ambitions économiques du pays, mettant en avant plusieurs projets industriels et miniers censés illustrer la consolidation de l’économie nationale. Parmi les exemples cités figure l’entrée en production du gisement de zinc et de plomb d’Oued Amizour, présenté comme l’un des projets structurants du secteur minier algérien.
Le message présidentiel insiste sur la construction d’un « projet de développement stratégique multidimensionnel » reposant sur des « volontés nationales sincères ». Toutefois, malgré ces annonces régulières de diversification économique, l’économie algérienne reste largement dépendante des hydrocarbures, qui représentent l’essentiel des recettes d’exportation et des revenus budgétaires de l’État.
La référence constante à la guerre de libération illustre également la place centrale du récit historique dans le discours politique algérien. Depuis plusieurs décennies, les autorités mobilisent la mémoire des 5,6 millions de martyrs — chiffre symbolique souvent cité dans les communications officielles — afin de nourrir un récit patriotique fondé sur la résistance et la souveraineté nationale.
Dans son message, Abdelmadjid Tebboune a vivement dénoncé la colonisation française, décrite comme un système marqué par « les massacres, la destruction et le pillage ». Il a également évoqué une domination coloniale de plus de 130 ans, présentée comme l’une des périodes les plus sombres de l’histoire nationale.
Cette rhétorique historique, très présente dans les commémorations officielles, continue de structurer la communication politique du pouvoir. Pour plusieurs observateurs, elle permet aussi de maintenir un consensus interne autour de la légitimité des institutions issues de l’indépendance, dans un contexte où les attentes économiques et sociales de la population restent élevées.
Le message présidentiel du 19 mars s’inscrit ainsi dans une tradition politique bien ancrée en Algérie : celle d’un pouvoir qui conjugue exaltation de la mémoire révolutionnaire et promesses de développement économique, sans toujours parvenir à transformer ce discours historique en réformes structurelles capables de diversifier durablement l’économie du pays.
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