Une étape historique vient d’être franchie pour l’agriculture ivoirienne. Le caoutchouc naturel est officiellement devenu le premier produit agricole d’exportation en volume de la Côte d’Ivoire, devançant le cacao, et le deuxième en valeur.
C’est dans ce contexte de succès sans précédent que l’Association des professionnels du caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire (APROMAC), reconnue comme Organisation interprofessionnelle agricole (OIA), célèbre ses 50 ans d’existence du 5 au 7 novembre 2026 à Abidjan.
Placée sous le parrainage du Vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Tene Birahima Ouattara, la cérémonie d’ouverture des festivités a réuni ce vendredi l’ensemble des acteurs du secteur : producteurs villageois, chercheurs, usiniers, industriels et autorités administratives, autour du thème : « L’APROMAC, 50 ans de succès au service d’une industrie prospère du caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire ».
Le parcours de la filière hévéicole ivoirienne est spectaculaire. Les chiffres-clés à fin 2025 indiquent que la production nationale a atteint 2 millions de tonnes, contre seulement 164 138 tonnes en 2005. En l’espace de 20 ans, la production a ainsi été multipliée par 12.
Une ascension fulgurante en 20 ans
Cette dynamique, portée par 180 000 producteurs villageois, a permis à la Côte d’Ivoire, premier producteur africain depuis 1990 avec plus de 85 % de la production du continent de grimper en 2025 de la 3e à la 2e place mondiale, juste derrière la Thaïlande.
Ces exportations massives ont généré près de 1 900 milliards de FCFA de revenus, dont plus de 700 milliards de FCFA sont revenus directement aux petits producteurs.
Le Président du Conseil d’administration (PCA) de l’APROMAC, Charles-Emmanuel Yacé, a exprimé sa gratitude envers les délégations internationales venues de Thaïlande, de Malaisie, du Ghana, du Nigeria, du Liberia, d’Europe et d’Amérique. « Votre présence témoigne de l’intérêt que suscite la filière ivoirienne sur la scène internationale », s’est-il réjoui.
Il a rappelé que le caoutchouc « Made in Côte d’Ivoire » possède toutes les spécificités techniques recherchées par les industries de seconde transformation. Aujourd’hui, « le caoutchouc naturel est un instrument de développement rural, un levier de création d’emplois et une source de revenus pour de nombreuses familles ».
Présent à l’événement, le ministre de l’Agriculture, du développement rural et des productions vivrières, Bruno Koné, a souligné que si le contexte mondial actuel est favorable, marqué par un déficit de marché d’environ 400 000 tonnes en 2026 pour la sixième année consécutive, la filière doit impérativement faire face à trois réalités majeures.
Relever les défis de la durabilité et de la transformation
Pour assurer son avenir, il a relevé que la filière doit surmonter trois défis majeurs : anticiper la volatilité des cours, garantir la traçabilité de ses produits face au règlement européen « zéro déforestation » dès le 30 décembre 2026, et capter la valeur ajoutée aujourd’hui localisée à l’étranger.
Le ministre a également pointé du doigt des dérives locales à corriger, telles que la saignée d’arbres immatures, la dégradation de la qualité des fonds de tasse et le non-respect des règles de commercialisation. « Le défi des cinquante prochaines années est de produire mieux, de transformer sur place et de partager plus équitablement la valeur créée », a martelé Bruno Koné.
Ces célébrations ont aussi été l’occasion de retracer l’histoire de l’or blanc en Côte d’Ivoire, initiée en 1953 avec les premières plantations industrielles et la création de l’Institut de Recherche sur le caoutchouc (IRCA) en 1956.
C’est sous l’impulsion du Président Félix Houphouët-Boigny, soucieux de diversifier l’économie, que l’État s’est fortement engagé dès 1964 dans le développement des infrastructures et des plantations villageoises. Pour saluer cet héritage, l’APROMAC a remis des trophées d’honneur aux pionniers de la filière.
Aujourd’hui, l’APROMAC reste solidement structurée autour de deux piliers fondamentaux : le Collège des Producteurs (FPH-CI et producteurs individuels) et le Collège des Transformateurs (AUPCN), tous deux condamnés à collaborer pour maintenir le caoutchouc ivoirien au sommet de l’échiquier mondial.
AP/Sf/APA





