La récente hausse des prix du pétrole sur les marchés internationaux pourrait peser lourdement sur les finances publiques tunisiennes. Dans une analyse publiée le 15 mars, l’économiste et universitaire Ridha Chkoundali alerte sur le risque d’un manque à gagner budgétaire estimé à près de 6,4 milliards de dinars (environ 1,9 milliard d’euros) si les cours du brut se maintiennent à des niveaux élevés. Cette perspective intervient dans un contexte déjà marqué par des finances publiques fragilisées et une marge de manœuvre budgétaire particulièrement limitée.
Selon l’économiste, l’escalade militaire au Moyen-Orient, notamment autour des tensions impliquant l’Iran, Israël et les États-Unis, pourrait accentuer la volatilité des marchés énergétiques mondiaux. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole échangé dans le monde, constitue un point névralgique du commerce énergétique. Toute perturbation durable dans cette zone pourrait provoquer une nouvelle flambée des prix du brut, avec des répercussions directes pour les pays importateurs d’énergie comme la Tunisie.
Cette situation met en lumière la forte dépendance énergétique structurelle de l’économie tunisienne. Le pays importe une part importante de ses besoins en hydrocarbures, tandis que les subventions publiques aux carburants continuent de peser lourdement sur les comptes de l’État. Si le baril devait se maintenir autour de 90 dollars, contre environ 63 dollars actuellement, l’impact budgétaire pourrait rapidement dépasser les capacités d’absorption du Trésor tunisien.
Face à un tel choc, les options apparaissent limitées pour les autorités. Réduire les subventions énergétiques risquerait d’alimenter les tensions sociales dans un contexte déjà marqué par une inflation élevée et une croissance économique fragile. À l’inverse, maintenir ces mécanismes de compensation pourrait creuser davantage un déficit budgétaire déjà sous pression et compliquer encore les relations avec les bailleurs internationaux.
Au-delà de la question budgétaire, la hausse durable des prix de l’énergie pourrait également aggraver les déséquilibres macroéconomiques du pays. Une facture énergétique plus lourde pèserait sur la balance des paiements, accentuant la pression sur les réserves en devises et sur la stabilité du dinar. L’augmentation du coût des carburants pourrait par ailleurs alimenter une nouvelle poussée inflationniste, obligeant la Banque centrale de Tunisie à maintenir une politique monétaire restrictive au détriment de l’investissement et de la croissance.
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