La suppression début août de l’Instance nationale d’accès à l’information (INAI), créée en 2016 pour garantir la transparence de l’action publique, suscite l’inquiétude des ONG et des journalistes qui y voient une étape supplémentaire dans l’érosion des acquis démocratiques.
Un symbole de la révolution tunisienne de 2011 vient de disparaître. L’Instance nationale d’accès à l’information (INAI), institution indépendante fondée par la loi organique de mars 2016 et installée en 2017, a été dissoute sans annonce préalable au début du mois d’août. Ses neuf membres – parmi lesquels figuraient un journaliste, un statisticien et un avocat – avaient été élus par le Parlement pour garantir aux citoyens et aux médias un droit effectif d’accès aux données publiques.
Désormais, ses salariés ont été reclassés dans l’administration. Mais pour les organisations de la société civile, cette mesure marque une régression inquiétante. « L’accès à l’information est de plus en plus verrouillé », a alerté Zied Dabbar, président du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT). « On ne peut pas parler de liberté de la presse s’il n’y a pas d’accès à l’information. Il n’y aura désormais que des versions officielles, ce qui aboutira à un travail de propagande. »
Depuis sa création, l’INAI avait traité des milliers de demandes, contraignant les administrations à répondre aux sollicitations des citoyens ou des journalistes. Elle représentait l’un des instruments essentiels de la transparence de la vie publique, au même titre que l’Instance électorale ou l’Instance de lutte contre la corruption, elles aussi fragilisées ces dernières années.
Le SNJT a dénoncé dans un communiqué une « violation dangereuse du droit à l’information », assimilée à « une démolition de l’un des éléments fondamentaux de la construction démocratique du pays ».
Depuis le 25 juillet 2021, date à laquelle le président Kaïs Saïed a suspendu le Parlement et concentré tous les pouvoirs exécutifs et législatifs, la Tunisie connaît une régression continue de ses libertés publiques. La dissolution de l’INAI s’ajoute à une série de mesures limitant l’indépendance des institutions, parmi lesquelles l’affaiblissement du Conseil supérieur de la magistrature et le contrôle accru sur les médias.
Des ONG locales et internationales, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont déjà dénoncé ce tournant autoritaire. La suppression de l’INAI confirme une tendance : le pouvoir mise sur l’opacité, réduisant les contre-pouvoirs qui permettaient d’ancrer la démocratie tunisienne dans des pratiques concrètes de transparence.
Pour les journalistes tunisiens, privés d’un outil juridique qui leur garantissait l’accès aux informations publiques, la situation devient critique. Les enquêtes sur les finances de l’État, la gestion de la crise économique ou les marchés publics se retrouvent de facto entravées. « Sans l’INAI, nous n’avons plus de recours indépendant », résume un reporter tunisien.
Ce verrouillage de l’espace public alimente un climat où seules les communications officielles filtrent, renforçant l’impression d’un retour aux pratiques d’avant 2011.
MK/Sf/APA







