L’économie comorienne a enregistré en 2025 sa meilleure performance depuis la crise sanitaire de Covid-19, avec une croissance estimée à 3,8 %, tandis que l’inflation a poursuivi son reflux à 3,3 %. Grâce notamment à la modernisation du secteur bancaire.
Dans son Rapport annuel 2025 publié vendredi à Moroni, la Banque centrale des Comores (BCC) met en avant une année marquée à la fois par le renforcement de son cadre institutionnel, la modernisation des paiements, le développement de l’inclusion financière et la consolidation du secteur bancaire.
Après une croissance de 3,3 % en 2024, l’économie comorienne a accéléré en 2025, portée notamment par les activités de construction et l’amélioration de la fourniture d’électricité, grâce à l’acquisition de nouveaux groupes électrogènes et à la mise en production de nouvelles centrales solaires. La demande intérieure a également bénéficié de la progression des transferts de fonds de la diaspora.
Dans le même temps, les pressions inflationnistes se sont atténuées. L’inflation moyenne annuelle est revenue à 3,3 %, contre 5,1 % en 2024, sous l’effet notamment du recul des prix de l’énergie et des produits alimentaires. Cette amélioration du contexte macroéconomique a permis à la BCC de maintenir une politique monétaire prudente.
Le taux limite de soumission aux appels d’offres de liquidité (TSAO), qui sert de taux directeur, a ainsi été maintenu à 3 % pendant toute l’année. Le coefficient de réserves obligatoires a, pour sa part, été ramené de 12,5 % à 10 % au quatrième trimestre, tandis que le plafond d’absorption de liquidité a été relevé à 12,5 milliards de francs comoriens en octobre, après avoir été fixé à 10 milliards en juillet.
Au-delà de la conjoncture, 2025 aura surtout été une année de transformation institutionnelle pour la Banque centrale. L’entrée en vigueur des nouveaux statuts de la BCC a constitué l’une des principales réformes de la période. Ces textes renforcent l’indépendance de l’institution et réorganisent sa gouvernance autour de plusieurs organes spécialisés, dont le Comité de politique monétaire et de gestion des réserves et le Comité de supervision bancaire.
Les nouveaux statuts élargissent également les responsabilités de la Banque centrale en matière de stabilité financière et lui confèrent des prérogatives dans la supervision et la régulation du secteur des assurances. La BCC estime que ces évolutions doivent contribuer à renforcer la résilience du système financier national et la confiance des usagers, des investisseurs et des partenaires du pays.
La modernisation du système de paiement constitue l’autre grand chantier de 2025. Le déploiement progressif de Komor Pay, destiné à automatiser les compensations des chèques et des virements, s’accompagne du développement du Komor Switch, du Hub national de paiement et du réseau d’agents bancaires « Mali Ya Wakazi ». L’objectif est notamment de faciliter les transactions, renforcer leur traçabilité, réduire la dépendance au cash et rapprocher les services financiers des populations insuffisamment desservies par les réseaux bancaires traditionnels.
Cette transformation numérique s’inscrit dans une stratégie plus large d’inclusion financière. Le gouvernement comorien a adopté, le 8 octobre 2025, la première Stratégie nationale d’inclusion financière (SNIF) 2025-2030. La Banque centrale doit présider le Conseil national d’inclusion financière chargé du pilotage stratégique de cette politique, avec un accent particulier sur le développement du mobile money.
La BCC s’est fixé à l’horizon 2030 l’objectif d’un taux d’inclusion financière de 75 % et d’un taux de bancarisation de 70 %, en misant sur un système financier plus moderne, accessible et résilient.
L’accès au financement des entreprises a également constitué un axe important. Le lancement officiel du crédit-bail en février 2025 a introduit un nouvel instrument permettant notamment aux entreprises d’acquérir des équipements productifs sans mobiliser immédiatement d’importants capitaux. La création de la Société de Garantie des Comores (SOGAK) vient compléter ce dispositif en facilitant l’accès au crédit pour les petites et moyennes entreprises et les porteurs de projets.
Lancée officiellement le 13 mai 2025, la SOGAK avait, à fin décembre, permis de mobiliser 206 millions de francs comoriens de financements bancaires. Cinq des neuf institutions financières composant le paysage bancaire comorien avaient adhéré au mécanisme. Au total, 94 dossiers avaient été enregistrés, avec une concentration des financements sur les entreprises formelles et le secteur du commerce.
Le secteur bancaire a parallèlement affiché une progression de son activité. À fin décembre 2025, le bilan consolidé du système bancaire atteignait 262,3 milliards de francs comoriens, contre 229,4 milliards un an auparavant, soit une hausse de 14 %. Les crédits bruts à la clientèle ont progressé de 8 %, pour atteindre 145,8 milliards de francs.
La qualité du portefeuille de crédit s’est également améliorée. Les créances en souffrance ont reculé de 26 %, passant de 18,3 milliards de francs en 2024 à 13,4 milliards en 2025. Le taux de créances douteuses est ainsi revenu de 14 % à 9 %. La BCC invite toutefois à interpréter cette amélioration avec prudence, une partie de la baisse étant liée à des opérations ponctuelles de nettoyage et de reclassement des portefeuilles.
Les dépôts de la clientèle ont, eux aussi, fortement progressé. Leur encours s’est établi autour de 221 milliards de francs à fin 2025, contre 195 milliards en 2024, soit une hausse de 13,5 %. Ils demeurent la principale source de financement des établissements de crédit.
La rentabilité consolidée du secteur s’est par ailleurs améliorée. Le résultat net des établissements de crédit est passé de 1,2 milliard de francs en 2024 à 1,8 milliard en 2025, même si cette performance reste concentrée sur quatre établissements financièrement solides parmi les neuf institutions du secteur.
La Banque centrale a également poursuivi le renforcement de la réglementation prudentielle. Plusieurs textes ont été révisés, notamment ceux relatifs aux fonds propres réglementaires et aux exigences en fonds propres, afin d’assurer leur conformité aux normes de Bâle III. Dans le domaine des paiements, la mise à jour du cadre relatif à la centrale des risques et aux incidents de paiement doit améliorer le suivi de la solvabilité des clients et renforcer la discipline financière.
Sur le plan financier, la BCC a conservé une situation jugée solide. Son total de bilan a progressé de 8 %, pour atteindre 207,9 milliards de francs à fin 2025, contre 192,2 milliards un an auparavant. Cette progression s’explique principalement par l’augmentation des avoirs en devises. Le résultat de l’exercice a cependant diminué, sous l’effet notamment des coûts liés à la mise en œuvre du nouveau système d’information et à la modernisation du système national de paiement, ainsi que de la baisse des taux de la Banque centrale européenne.
Cette évolution intervient alors que les transferts de la diaspora occupent une place croissante dans l’économie nationale. Selon le rapport, ils représentent désormais plus de 20 % du PIB, contre moins de 3 % en 1975. Sur la même période, le PIB par habitant est passé de 397 dollars à 1 784 dollars, tandis que les Comores ont accédé en 2019 à la catégorie des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure.
Pour la BCC, le défi des prochaines années sera désormais de transformer cette amélioration des indicateurs macroéconomiques et ces réformes institutionnelles en davantage de financement de l’économie réelle. La stabilité financière, la résolution des difficultés de certaines banques, la relance du crédit au secteur productif et la régulation du secteur des assurances figurent parmi les priorités annoncées pour 2026.
À travers ces chantiers, la Banque centrale entend inscrire le système financier comorien dans une nouvelle phase, davantage fondée sur la digitalisation, l’interopérabilité des paiements, l’élargissement de l’accès aux services financiers et le soutien à l’investissement productif. Une transformation qui constitue, selon le rapport, l’un des leviers de la marche des Comores vers une croissance plus inclusive et durable.
TE/Sf/APA







