La stratégie repose principalement sur quelques filières sensibles. La pomme de terre, aliment de base fortement exposé aux variations saisonnières, fait l’objet d’opérations de stockage massives destinées à absorber les excédents et à prévenir les pénuries. L’oignon suit une logique similaire, tandis que le lait et ses dérivés sont intégrés dans des dispositifs visant à assurer une disponibilité constante. Pour les fruits et légumes de saison, les autorités misent sur le développement de chambres froides, financées par les banques publiques, afin de réduire les pertes post-récolte et de lisser l’offre tout au long de l’année.
Si ces mesures traduisent une volonté d’anticipation, leur portée reste cependant limitée par des contraintes structurelles persistantes. Les infrastructures de stockage demeurent inégalement réparties sur le territoire, la logistique reste coûteuse et les circuits de commercialisation sont souvent marqués par des dysfonctionnements récurrents. Le stockage apparaît ainsi davantage comme un outil de régulation conjoncturelle que comme une réponse durable aux faiblesses de la production agricole nationale.
Le secteur céréalier illustre ces tensions. L’Algérie a engagé un programme visant à porter ses capacités de stockage à neuf millions de tonnes, avec la construction de nouveaux silos. Mais cette montée en puissance logistique ne remet pas en cause la forte dépendance aux importations de blé, enjeu central de la sécurité alimentaire du pays. Le président a appelé à une révision de la cartographie de la céréaliculture, notamment du blé dur, afin d’adapter les cultures aux spécificités régionales et d’améliorer les rendements.
Dans cette optique, le pouvoir mise sur l’irrigation de grande ampleur dans le Sud, avec l’objectif de mettre en valeur un million d’hectares d’ici à 2027. Les autorités avancent des rendements potentiels élevés dans les zones sahariennes, mais ce choix soulève des interrogations sur la durabilité hydrique, les coûts énergétiques et la viabilité économique à long terme.
Lors de forums internationaux récents, le président Tebboune a mis en avant la construction de dizaines de silos, la mobilisation de centaines de centres de stockage de proximité et l’extension des capacités de réfrigération. Autant d’annonces qui traduisent un volontarisme politique, mais qui laissent en suspens la question centrale : sans réforme structurelle des filières et de leur gouvernance, le stockage ciblé suffira-t-il à assurer une stabilité durable des prix et une réelle souveraineté alimentaire ?
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