Un tribunal tanzanien a condamné vendredi le principal chef de l’opposition, Tundu Lissu, à quatre ans de prison pour incitation à la violence, une décision qui suscite des inquiétudes quant au respect des libertés politiques dans ce pays d’Afrique de l’Est.
Un collège de trois juges de la Haute Cour de Dar es Salaam, capitale économique de la Tanzanie, a reconnu coupable le dirigeant de 58 ans, à la tête du principal parti d’opposition, le Chadema, pour des propos tenus dans le cadre d’une campagne en faveur de réformes électorales.
Tundu Lissu était accusé d’avoir encouragé ses partisans à perturber les élections générales contestées de 2025. Il a rejeté ces accusations, dénonçant des poursuites à caractère politique.
Son arrestation est intervenue six mois avant le scrutin d’octobre 2025, peu après le lancement d’une campagne réclamant une réforme du système électoral tanzanien, sous le slogan : « Pas de réformes, pas d’élections ».
L’accusation a soutenu que ses déclarations visaient à perturber le scrutin et à menacer le gouvernement, des actes qu’elle a assimilés à une tentative de trahison.
Avocat de profession, Tundu Lissu a assuré lui-même sa défense durant le procès. Il a affirmé que ses propos avaient été sortis de leur contexte et qu’il n’avait commis aucune infraction.
« J’espère que vous porterez ce lourd fardeau historique sans parti pris, avec courage et avec la dignité qu’exigent vos serments judiciaires », a-t-il déclaré aux juges lors de sa plaidoirie finale.
Le procès a suscité des critiques de parlementaires britanniques et européens, qui ont dénoncé une procédure à caractère politique et réclamé la libération immédiate de l’opposant.
Dans une lettre adressée à la présidente Samia Suluhu Hassan, ils ont notamment averti que « l’utilisation de la peine capitale contre un opposant politique risque de transformer le système judiciaire en un instrument de répression politique ».
Le dispositif de sécurité a été renforcé à Dar es Salaam et aux abords du tribunal en prévision du verdict, tandis que des partisans de Tundu Lissu s’étaient rassemblés pour assister à l’audience.
Samia Suluhu Hassan a remporté l’élection présidentielle avec 98 % des voix, après l’exclusion de ses deux principaux rivaux, dont Tundu Lissu. L’opposition a qualifié le scrutin de « parodie » de démocratie.
Une commission mise en place par le gouvernement a fait état d’au moins 518 morts lors des violences liées aux élections, imputant leur responsabilité aux manifestants. De leur côté, les groupes d’opposition et les organisations de défense des droits humains affirment que les autorités ont tué des milliers de personnes.
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