Alors que la production nationale de bananes couvre déjà entre 90 et 95 % des besoins du marché sénégalais, les difficultés d’accès au foncier, à l’eau et aux financements freinent encore l’expansion de la filière. L’opérateur économique et producteur de bananes, Mouhamed Mangane, appelle les autorités à lever ces contraintes pour permettre au Sénégal de franchir le cap de l’autosuffisance.
Dans un entretien accordé à APA, le producteur estime que la filière dispose aujourd’hui d’un potentiel suffisant pour couvrir la totalité de la demande nationale, à condition de renforcer les conditions de production et de préserver les acquis enregistrés ces dernières années.
Il salue notamment la décision des autorités de suspendre les importations de bananes pendant six mois cette année, contre trois mois l’année précédente. Une mesure qu’il considère comme un signal positif en faveur des producteurs locaux et des investissements réalisés dans le secteur.
« Actuellement, le Sénégal peut couvrir ses propres besoins en bananes à près de 90 à 95 % », souligne Mouhamed Mangane, qui espère atteindre les 100 % dès la prochaine campagne.
Selon lui, cette progression résulte principalement des efforts des producteurs, qui ont développé leurs exploitations sur fonds propres. Les superficies consacrées à la culture de la banane, autrefois limitées à quelques hectares, dépasseraient aujourd’hui 3 000 hectares et pourraient atteindre 5 000 hectares.
La filière mobilise désormais des milliers de personnes et regroupe entre 75 et 100 groupements d’intérêt économique (GIE). Les principales zones de production se trouvent à Tambacounda, Kolda et Vélingara, avec une extension progressive vers Ndiaffate, Ndianaan et le Fouta.
Le foncier, un frein à l’expansion de la filière
Malgré ces performances, l’accès à la terre constitue, selon Mouhamed Mangane, le principal obstacle à une augmentation significative de la production. Plusieurs espaces susceptibles d’accueillir de nouvelles plantations restent soumis à des restrictions réglementaires ou classés en zones tampons.
Le producteur sollicite ainsi l’intervention du président de la République et du gouvernement pour faciliter la mise à disposition de terres agricoles, notamment dans les zones de Fuddu et de Vélingara, ainsi que sur l’axe reliant Fuddu à Mba Mba.
Il insiste également sur la nécessité de sécuriser juridiquement les terres attribuées aux exploitants. Une démarche qui permettrait aux producteurs de disposer de garanties auprès des établissements bancaires et de faciliter leur accès au crédit pour développer leurs activités.
À cette contrainte foncière s’ajoutent les difficultés liées à la disponibilité de l’eau. Sur ce point, il appelle à une meilleure collaboration entre les producteurs et les services des Eaux et Forêts afin de trouver des solutions adaptées aux réalités des exploitations.
Protéger les acquis face à la concurrence régionale
Sur le plan commercial, Mouhamed Mangane se félicite de la collaboration entre le ministère du Commerce et l’Agence de régulation des marchés (ARM), notamment dans la régulation des importations et la protection de la production nationale.
Il invite cependant les autorités à faire preuve de vigilance dans les négociations commerciales avec les pays de la sous-région, particulièrement la Côte d’Ivoire. Pour lui, les accords commerciaux ne doivent pas compromettre les intérêts des producteurs sénégalais ni fragiliser les investissements réalisés dans la filière.
Il cite notamment la Côte d’Ivoire et le Ghana, qu’il considère comme des pays accordant un accompagnement plus important à leurs producteurs, à travers des mécanismes de financement et de protection des marchés.
Le producteur plaide également pour une meilleure implication des acteurs de la banane dans les missions économiques et les déplacements internationaux organisés par le ministère de l’Agriculture. Une participation qui leur permettrait de découvrir de nouvelles technologies, d’améliorer leurs pratiques et de renforcer la compétitivité de la production nationale.
Tout en saluant l’engagement des autorités en faveur de la souveraineté alimentaire, Mouhamed Mangane estime que la filière banane mérite un accompagnement renforcé. Selon lui, la sécurisation du foncier, l’accès à l’eau et le financement des exploitations constituent les leviers essentiels pour transformer les performances actuelles en autosuffisance durable.
TE/Sf/APA





