L’Algérie présente désormais l’hydrogène vert comme un pilier de sa transition énergétique et un futur vecteur d’intégration avec l’Europe et le Maghreb, mais sans tenir compte des réalités et limites du secteur.
Les récentes prises de parole officielles concernant l’hydrogène vert, autour des annonces de « corridors énergétiques », et d’une « nouvelle ère » en Algérie, contrastent fortement avec les limites du secteur, dans un contexte de baisse durable de la production d’hydrocarbures.
Les autorités affirment que le pays aurait anticipé, depuis une dizaine d’années, l’essor de l’hydrogène vert et se préparerait à devenir un acteur régional majeur. Cette orientation serait le fruit d’une stratégie nationale de diversification. Pourtant, aucune des déclarations n’a été accompagnée d’investissements significatifs dans les énergies solaire et éolienne ou dans les technologies d’électrolyse, soulignent les spécialistes. La capacité photovoltaïque installée reste inférieure à 500 MW, très loin des niveaux atteints au Maroc, en Égypte ou en Arabie saoudite.
La relance d’un vaste corridor énergétique transméditerranéen, présenté par la présidence comme un pipeline multi-flux à destination de l’Europe, est également mise en avant comme levier stratégique. Selon les documents préparatoires rendus publics, cette infrastructure pourrait transporter gaz, hydrogène ou ammoniac. Mais faute de production d’hydrogène vert à grande échelle, de capacités gazières excédentaires ou d’un dispositif crédible de stockage, le projet demeure largement théorique. De l’avis de plusieurs analystes, l’intérêt exprimé par l’Union européenne s’inscrit surtout dans la recherche de nouvelles garanties d’approvisionnement depuis la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine.
Sur le plan économique, la dépendance du pays reste forte : plus de 90 % des recettes extérieures proviennent encore des hydrocarbures. Les efforts de diversification demeurent prudents, tandis que l’investissement étranger pâtit de l’instabilité réglementaire et de la centralisation du secteur énergétique. L’absence d’une filière industrielle dédiée à l’hydrogène, d’un cadre incitatif clair et d’acteurs privés disposant des compétences technologiques nécessaires complique la concrétisation des ambitions affichées.
Le contexte régional accentue ces fragilités. Alors que plusieurs pays voisins accélèrent leur transition — à l’image du Maroc, qui dépasse les 4 GW de solaire installés — l’Algérie tente de repositionner sa diplomatie énergétique autour d’un segment industriel encore hypothétique. Les annonces en matière de formation, de coopération ou de production massive relèvent pour l’heure de déclarations d’intention.
À court terme, les autorités n’ont communiqué ni calendrier opérationnel ni montants d’investissement pour mettre en œuvre la stratégie hydrogène. Les prochaines annonces gouvernementales devraient, selon les responsables du secteur, préciser les étapes réglementaires et les partenariats envisagés, en attendant d’éventuels projets pilotes.
MK/te/Sf/APA






