La Rencontre des décideurs Dakar 2026 a mis en lumière les enjeux liés à l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans les entreprises, notamment ses effets sur les métiers des ressources humaines, l’emploi des jeunes et la protection des données personnelles.
Les participants à la rencontre des décideurs Dakar 2026 ont appelé à anticiper les mutations technologiques par la formation, l’adaptation des compétences et la mise en place d’un cadre juridique approprié.
Réunis autour de la transformation de la fonction ressources humaines, des décideurs publics et privés, des responsables du capital humain et des spécialistes du numérique ont échangé sur les opportunités et les risques liés à l’essor de l’IA. Les discussions ont notamment porté sur la capacité des entreprises sénégalaises à améliorer leur productivité sans fragiliser l’emploi ni réduire la place de l’humain dans les organisations.
Dans son discours d’ouverture, Me Abdoulaye Tine, ministre-conseiller et porte-parole de la présidence, a souligné le rôle stratégique du capital humain dans la compétitivité des entreprises et la souveraineté économique du Sénégal.
Il a estimé que les investissements dans les infrastructures et les technologies ne peuvent produire pleinement leurs effets sans des compétences adaptées et des organisations capables d’accompagner le changement.
« L’intelligence artificielle ne remplacera pas l’humain. Mais l’humain qui ne maîtrise pas l’intelligence artificielle risque de subir les mutations », a-t-il indiqué, appelant les acteurs économiques à anticiper les transformations en cours.
Pour lui, la jeunesse sénégalaise représente un potentiel important, à condition de renforcer la formation professionnelle, de favoriser l’acquisition de compétences reconnues et de promouvoir le dialogue social.
Pape Matar Guèye, représentant de Skello au Sénégal, a, pour sa part, mis en avant les possibilités offertes par l’IA dans l’automatisation de certaines tâches administratives. Cette évolution pourrait permettre aux responsables des ressources humaines de consacrer davantage de temps à la formation, au développement des compétences et à l’accompagnement des collaborateurs.
Il a toutefois relevé que l’automatisation pourrait entraîner la disparition de certaines activités et modifier les besoins en recrutement. La formation continue et la redéfinition des postes constituent, selon lui, des leviers essentiels pour préparer les entreprises à ces changements.
Directeur du capital humain de Sonatel, El Hadji Birahim Guèye a insisté sur l’accélération des transformations liées aux agents d’IA, capables d’exécuter des tâches auparavant réalisées par des travailleurs.
Il a cité l’exploitation d’une base de plus de 2 000 CV à l’aide de l’IA, qui a permis, selon son témoignage, de produire en quelques heures des analyses détaillées sur les profils et les compétences des candidats.
Cette expérience illustre les gains possibles en matière de traitement de l’information et d’aide à la décision. Elle soulève également des interrogations sur la confidentialité des données personnelles et les garanties nécessaires à leur utilisation.
Pour M. Guèye, l’enjeu majeur consiste à déterminer comment les entreprises utiliseront le temps dégagé par l’automatisation. Les gains de productivité peuvent conduire à une réduction des effectifs, mais ils peuvent également être réinvestis dans de nouvelles activités et contribuer à la création d’emplois.
Il a particulièrement alerté sur les risques pesant sur le recrutement des jeunes diplômés, notamment dans les métiers où les tâches confiées aux débutants peuvent être automatisées.
Cette évolution pourrait compliquer l’insertion professionnelle des jeunes au Sénégal, où la création d’emplois demeure une préoccupation majeure. Les participants ont ainsi souligné la nécessité d’anticiper les transformations des métiers et de développer de nouvelles compétences pour accompagner l’évolution du marché du travail.
Consultant en transformation digitale, Djibril Ndoye a appelé les entreprises à adopter une démarche progressive dans l’intégration de l’IA. Il a préconisé un diagnostic des processus internes, l’identification des tâches automatisables et la mesure des gains de performance avant tout déploiement à grande échelle.
Selon lui, la réussite de cette transformation dépend également de la formation des collaborateurs, de l’implication des équipes métiers et de la mise en place d’une gouvernance adaptée.
Au-delà des questions de productivité et d’emploi, Me Abdoulaye Tine a attiré l’attention sur les enjeux juridiques liés à l’utilisation de l’IA, notamment la responsabilité en cas d’erreur, la cybersécurité, l’éthique et la protection des données personnelles.
Il a évoqué la possibilité de mettre en place une commission transdisciplinaire chargée d’examiner ces problématiques et de contribuer à l’élaboration d’un cadre adapté aux mutations technologiques.
Les échanges ont également mis en évidence le risque d’une fracture numérique entre les personnes disposant des moyens nécessaires pour accéder aux outils d’IA et celles qui en restent éloignées. L’accès aux équipements, à la connexion et à la formation apparaît ainsi comme un enjeu important pour favoriser une adoption plus inclusive de ces technologies.
À l’issue de la rencontre, les participants ont insisté sur la nécessité de concilier innovation, développement des compétences, protection des travailleurs et création d’emplois. Pour le Sénégal, l’enjeu est de faire de l’intelligence artificielle un levier de compétitivité et de développement économique, tout en limitant ses effets potentiellement négatifs sur l’emploi et les inégalités.
TE/Sf/APA





