Les normes de masculinité restrictive pèsent lourdement sur la société ivoirienne. Le Rapport de l’Enquête nationale sur les normes de masculinité en Côte d’Ivoire (EMASCI), présenté ce mardi 30 juin 2026 à l’Université Félix Houphouët-Boigny, révèle que 96% des Ivoiriens considèrent l’homme comme le pourvoyeur financier exclusif du foyer.
Cette étude inédite a été menée par le Centre de développement de l’OCDE et coordonnée par la Chaire Unesco « Eau, Femmes et pouvoir de décisions » (CUEFPOD). Elle bénéficie du soutien de l’Agence nationale de la statistique (ANStat), du ministère de la Famille et de l’Agence autrichienne de développement (ADA).
Lors de la présentation du rapport, Carolin Beck, analyste politique et représentante de l’unité Genre et développement du Centre de développement de l’OCDE, a indiqué que la Côte d’Ivoire obtient un score de 57/100 sur l’Indice des normes de masculinité.
Pour la première fois, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a calculé l’Indice des normes de masculinité pour la Côte d’Ivoire. Le score de 57/100 traduit une forte adhésion aux schémas traditionnels rigides.
Rappelant que les normes restrictives restent très ancrées en Côte d’Ivoire, l’analyste a expliqué la logique de ce nouvel outil de l’OCDE, précisant que « plus le score est élevé sur l’échelle de 0 à 100, plus l’adhésion à la masculinité restrictive est forte. »
L’analyse des données met en lumière des disparités notables, révélant une adhésion plus forte aux normes restrictives chez les hommes (59/100) que chez les femmes (54/100) et en milieu rural (59/100) contre 55/100 en zone urbaine.
Elle a souligné « 96% des gens dans la société considèrent que le rôle principal d’un homme est de subvenir aux besoins financiers du foyer. Ce qui oblige les hommes à le faire », ajoutant qu’« il y a 84% qui estiment que l’homme doit être le décideur final au sein du ménage ».
Plus de 90% des hommes interrogés déclarent ressentir un stress aigu à l’idée de ne pas subvenir aux besoins du foyer. Cette pression impacte les indicateurs de santé publique, réduisant l’espérance de vie des hommes à 61,4 ans contre 66 ans pour les femmes, et multipliant par 4,6 leur taux de suicide.
Ces normes étouffent l’émancipation économique des femmes. Dans les zones où la masculinité restrictive prédomine, les femmes ont un accès limité à l’emploi et aux décisions financières. Elles consacrent en moyenne 5 heures par jour aux tâches domestiques et de soins non rémunérées.
L’étude pointe également une fracture générationnelle chez les 15-24 ans. Les jeunes hommes se replient sur des positions conservatrices tandis que les jeunes femmes aspirent à l’égalitarisme, a relevé Carolin Beck, évoqué l’éducation comme levier de transformation sociale.
Pour Euphrasie Kouassi Yao, conseillère spéciale du Premier ministre chargée du Genre et titulaire de la Chaire Unesco (CUEFPOD), cette étude marque un tournant décisif. Elle permet de mieux ancrer dans la conscience collective ivoirienne et internationale la nouvelle approche du genre défendue depuis plusieurs décennies.
« Nous reconnaissons que les hommes ne constituent pas un problème en eux-mêmes. Ce sont les systèmes de croyance, les normes sociales restrictives et les modèles de performance sociale qui influencent les individus et organisent les rapports sociaux », a déclaré Euphrasie Yao.
« Cette étude est donc une contribution majeure qui montre que les normes qui limitent les opportunités des femmes peuvent également enfermer les hommes dans des rôles sociaux rigides », a affirmé Euphrasie Kouassi Yao.
Moussa Diarrassouba, directeur de cabinet, représentant la ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, a salué cette enquête. Pour lui, ce nouvel outil scientifique s’avère indispensable pour faire progresser l’égalité des chances entre les sexes.
« L’Indice des normes de masculinité s’établit à 57/100. Il nous dit où nous en sommes : 96% des personnes interrogées estiment encore que c’est à l’homme de subvenir aux besoins du foyer. Pourquoi est-ce aux hommes de porter à eux seuls les charges du ménage ? », a-t-il lancé.
« Cette situation engendre une pression masculine invisible et rarement évoquée », a-t-il fait observer, tout en se félicitant de la rigueur de l’étude, entièrement adossée à des statistiques nationales représentatives.
L’EMASCI est conduite par le Centre de développement de l’OCDE et coordonnée par la Chaire Unesco « Eau, Femmes et pouvoir de décisions » (CUEFPOD), logée au CIRES de l’Université Félix Houphouët-Boigny.
Elle s’appuie sur les données de l’Agence nationale de la statistiques (ANStat) avec l’appui institutionnel du ministère de la Femme, de la famille et de l’enfant (MFFE) et le soutien financier de l’Agence autrichienne de développement (ADA).
AP/Sf/APA







