Le Fonds au profit des victimes (FPV) de la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé, le 2 juillet 2026, l’achèvement du programme de réparations dans l’affaire Ahmad Al Faqi Al Mahdi. Ce dispositif concerne les victimes des attaques perpétrées en 2012 contre les mausolées de Tombouctou et la porte de la mosquée Sidi Yahia.
Au 31 mars 2026, le programme au profit des victimes des attaques de 2012 contre les mausolées de Tombouctou avait été intégralement mis en œuvre, conformément à l’ordonnance de réparation rendue par la CPI. Son achèvement a été notifié à la Chambre de première instance II le 29 avril 2026, puis au gouvernement malien le 6 mai.
Entre le 30 juin et le 11 juillet 2012, alors que Tombouctou était sous le contrôle de groupes armés affiliés à Al-Qaïda, Ahmad Al Faqi Al Mahdi avait organisé et participé aux attaques contre dix sites religieux et historiques. Les mausolées visés constituaient des lieux de pèlerinage liés à la mémoire des saints de Tombouctou. La ville est inscrite depuis 1988 au patrimoine mondial de l’UNESCO en raison de son rôle dans la diffusion de l’islam en Afrique et de son statut historique de centre du savoir.
Remis à la CPI en 2015, Al Mahdi a été reconnu coupable du crime de guerre consistant à diriger intentionnellement des attaques contre des monuments historiques et religieux. Il a été condamné à neuf ans d’emprisonnement. Le 17 août 2017, les juges de la CPI ont fixé à 2,7 millions d’euros le montant des réparations dues aux victimes reconnues dans cette affaire.
Le programme mis en œuvre à Tombouctou comportait trois volets : des réparations symboliques, individuelles et collectives. Les réparations symboliques ont notamment pris la forme d’une cérémonie solennelle organisée le 30 mars 2021, en présence de représentants des victimes, de l’État malien et de l’UNESCO.
Les réparations individuelles ont bénéficié aux descendants directs des saints associés aux mausolées détruits, ainsi qu’aux personnes dont les moyens de subsistance dépendaient de ces bâtiments protégés. Lancé en avril 2019, ce volet s’est achevé le 4 juin 2024 après avoir atteint 1 687 des 1 691 victimes éligibles.
Les réparations collectives ont été déployées entre juillet 2022 et le 31 mars 2026 au profit de plus de 70 000 membres des communautés locales de Tombouctou. Elles ont été mises en œuvre avec l’UNESCO, la Fondation CIDEAL et l’organisation locale CFOGRAD.
Ces mesures ont porté sur le soutien psychosocial communautaire, le devoir de mémoire, la relance de l’économie locale et la préservation du patrimoine. Deux mémoriaux, Louha et Qâloum, ont été construits, une exposition permanente consacrée aux mausolées a été installée au musée municipal, 70 initiatives de groupements locaux ont été financées, ainsi que trois projets menés avec la Commune urbaine de Tombouctou.
Le volet patrimonial a notamment permis la restauration et la protection des mausolées et de structures funéraires, la mise en œuvre de mesures de sauvegarde environnementale, le renforcement des capacités des gardiens des sites et la création d’un fonds d’entretien destiné à assurer leur pérennité.
Le FPV souligne que les victimes ont été associées à toutes les étapes du programme grâce à des consultations locales. Une habitante de Tombouctou, citée sous le pseudonyme de Fatoumata A., estime que ces réparations constituent « un symbole qui illustre la grandeur de Tombouctou ».
La mise en œuvre du programme a reposé sur une coopération de sept ans entre le Fonds et les autorités maliennes, à travers des comités de pilotage établis aux niveaux national, régional et local. Son financement a été assuré par des contributions de l’Allemagne, du Canada, de l’Italie, de la Norvège et du Royaume-Uni, ainsi que par la République tchèque, la République dominicaine, le Liechtenstein et d’autres donateurs.
Le président du Conseil de direction du FPV, Andres Parmas, qualifie ce programme de « jalon dans la pratique de la justice pénale internationale ». Selon le Fonds, il s’agit de la première mise en œuvre au monde de réparations judiciaires pour le crime de guerre consistant à diriger intentionnellement des attaques contre des bâtiments religieux et historiques protégés.
Cette annonce intervient alors que le Mali a notifié, le 30 juin 2026, son retrait du Statut de Rome auprès des Nations Unies. Le FPV dit regretter cette décision, estimant qu’elle risque d’affaiblir le système de justice réparatrice dont la communauté de Tombouctou a bénéficié.
Le Fonds affirme néanmoins vouloir poursuivre le dialogue avec les autorités maliennes afin de préserver les acquis du programme Al Mahdi et de réunir les conditions nécessaires à la mise en œuvre des réparations dans l’affaire Al Hassan. Dans ce second dossier lié à Tombouctou, la CPI a ordonné, le 28 avril 2026, des réparations évaluées à environ 7,25 millions d’euros (4,755 milliards de FCFA) au bénéfice de plus de 65 000 victimes potentielles. Al Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud a été condamné à dix ans d’emprisonnement pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis à Tombouctou.
Un rapport final doit être soumis à la Chambre compétente au début de l’année 2027. Le Fonds a également mandaté une évaluation externe indépendante afin de mesurer la contribution de ce programme à la paix, à la sécurité, à la mémoire, à la vérité et à la justice.
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