L’adoption de nouvelles dispositions prévoyant la peine de mort pour certains crimes relance le débat sur les priorités sécuritaires du pouvoir algérien, qui privilégie le durcissement répressif sans que celui-ci suffise à démontrer l’efficacité de sa politique de prévention.
Le Conseil de la nation algérien a adopté mercredi un texte modifiant et complétant le Code pénal, avec notamment l’instauration de la peine de mort pour les auteurs d’incendies volontaires de forêts et de champs, les ravisseurs d’enfants ainsi que certaines atteintes graves aux biens et à la sécurité nationale.
Présentée comme un renforcement de la protection des citoyens et des intérêts fondamentaux du pays, cette réforme traduit la volonté des autorités de durcir l’arsenal pénal. Elle pose néanmoins une question essentielle : jusqu’où l’aggravation des sanctions peut-elle compenser les insuffisances éventuelles de la prévention, de l’enquête et de l’application effective de la loi ?
Le texte prévoit également la peine capitale pour certaines destructions volontaires de biens publics ou privés lorsqu’elles sont commises au profit de parties étrangères dans un contexte qualifié de trahison, d’intelligence avec l’étranger ou de criminalité organisée. Il étend cette logique à des actes susceptibles de porter atteinte à la sécurité, à l’ordre public, à l’unité nationale ou à la stabilité économique et environnementale.
La portée de ces dispositions dépendra toutefois de la précision de leur rédaction et de leur interprétation par les juridictions. La protection de l’État ne saurait justifier une définition insuffisamment circonscrite des infractions, particulièrement lorsque les sanctions encourues sont irréversibles.
La protection des enfants constitue l’un des principaux arguments avancés pour justifier cette réforme. Le législateur prévoit la peine de mort pour les ravisseurs, avec une aggravation lorsque les faits s’accompagnent de torture, d’agression sexuelle ou de sévices. La gravité de ces crimes ne fait aucun doute et appelle une réponse judiciaire ferme. Toutefois, l’efficacité d’une politique de protection de l’enfance ne se mesure pas uniquement à la sévérité des peines. Elle repose aussi sur la rapidité des signalements, les capacités d’investigation, la prévention des disparitions, l’accompagnement des victimes et la certitude que les auteurs seront identifiés et jugés.
Le durcissement pénal intervient également dans un contexte où les questions de sécurité et de stabilité occupent une place importante dans le discours officiel algérien. En intégrant à un même ensemble les incendies criminels, les enlèvements d’enfants, les destructions de biens et certaines atteintes à la sécurité nationale, le texte rassemble des infractions de nature différente autour d’une logique de défense de l’État et de l’ordre public.
MK/AK/Sf/APA





