Amadou Dieng, lauréat des Awards de la jeunesse africaine 2024 (AJA) catégorie Entrepreneuriat, fondateur de Buur Logistics, une plateforme B2B visant à sécuriser et fluidifier la logistique entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest, revient dans un entretien sur son parcours et la croissance de sa structure, qui s’attaque à un défi majeur de l’intégration économique régionale.
Pouvez-vous vous présenter et revenir sur votre parcours entrepreneurial ?
Je m’appelle Amadou Dieng, entrepreneur sénégalais et fondateur de Buur Logistics. Mon parcours entrepreneurial est né d’une immersion directe dans les réalités du transport et de la logistique en Afrique de l’Ouest, un secteur essentiel à l’économie mais encore largement informel et peu structuré.
En observant les difficultés récurrentes des entreprises, manque de fiabilité, faible visibilité sur les capacités disponibles, coûts imprévisibles et délais incertains, j’ai compris qu’il existait un réel besoin de structuration et de professionnalisation.
L’entreprise est née de cette conviction : créer une solution capable de fiabiliser la chaîne logistique, en combinant technologie, réseau qualifié de transporteurs et actifs dédiés. Depuis sa création, la société s’est progressivement structurée, a gagné la confiance de clients B2B et de partenaires institutionnels, et s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique d’accélération et de montée en échelle.
Pouvez-vous nous dire un mot sur le besoin auquel répond la plateforme et l’objectif que vous poursuivez à travers ce projet sur les corridors Maghreb–Afrique de l’Ouest ?
L’entreprise est une plateforme logistique et de transport B2B qui répond à un besoin majeur en Afrique de l’Ouest : la fiabilité, la visibilité et la structuration des flux logistiques, en particulier sur les corridors régionaux et internationaux.
La plateforme répond aux difficultés rencontrées par les entreprises opérant entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest : fragmentation des acteurs, manque de coordination, faibles standards opérationnels, absence de traçabilité et coûts logistiques élevés.
Notre objectif est de sécuriser et fluidifier les corridors, en connectant chargeurs, transporteurs et partenaires logistiques via une solution technologique intégrée. Nous combinons un réseau de transporteurs qualifiés, des capacités dédiées et des outils digitaux de pilotage pour améliorer la performance, réduire les délais et renforcer la fiabilité des échanges commerciaux entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest.
Vous connectez aujourd’hui plus de 3 500 transporteurs : qu’est-ce que cela change, concrètement, pour vos clients, entreprises et institutions, mais aussi pour les transporteurs, en termes de fiabilité, de revenus et d’optimisation des flux ?
Le fait de connecter aujourd’hui plus de 3 500 transporteurs partenaires change profondément la donne pour l’ensemble de l’écosystème.
Pour nos clients, entreprises et institutions, cela se traduit par un accès immédiat à des capacités fiables et qualifiées, une meilleure continuité de service et une forte réduction des ruptures opérationnelles. La mutualisation des capacités permet d’optimiser les coûts, de sécuriser les délais et d’avoir une visibilité en temps réel sur l’exécution des flux.
Pour les transporteurs, l’impact est tout aussi structurant : notre structure leur apporte des volumes récurrents, une meilleure planification des trajets, une réduction des trajets à vide et surtout une amélioration de la prévisibilité des revenus.
Nous contribuons également à la professionnalisation du secteur à travers des standards opérationnels, un suivi de performance et des pratiques de paiement plus transparentes. Au final, cette masse critique permet une optimisation globale des flux, une hausse de la fiabilité et une création de valeur partagée, condition indispensable pour structurer durablement la logistique en Afrique de l’Ouest.
La logistique en Afrique reste un environnement exigeant, notamment en matière d’infrastructures et de gestion des risques. Quels ont été vos principaux défis opérationnels, et comment votre modèle plateforme physique et digitale, tracking, réseau de points relais vous permet-il d’y répondre ?
La logistique en Afrique de l’Ouest reste effectivement un environnement exigeant, marqué par des contraintes d’infrastructures, des aléas opérationnels et des risques élevés sur l’exécution des flux. Nos principaux défis concernent la fiabilité des délais, la sécurisation des marchandises, la coordination d’acteurs multiples et la gestion de l’information en temps réel.
Pour y répondre, nous avons construit un modèle hybride, à la fois physique et digital. Côté terrain, nous nous appuyons sur un réseau structuré de transporteurs qualifiés et de points relais permettant de sécuriser les opérations, d’anticiper les ruptures et de maintenir la continuité des flux.
Côté digital, notre plateforme intègre des outils de tracking, de reporting et de pilotage opérationnel, offrant à nos clients une visibilité en temps réel et une meilleure capacité d’anticipation. Cette combinaison nous permet de réduire les risques, d’améliorer la traçabilité et d’apporter un niveau de fiabilité supérieur aux standards traditionnels, même dans des environnements complexes.
Vous avez été Lauréat de la 1ère édition des Awards de la jeunesse africaine 2024 (AJA) dans la catégorie Entrepreneuriat. Un an après, en quoi ce programme a-t-il constitué un levier pour la montée en puissance et la structuration de Buur Logistics, et plus largement, que représentent selon vous les AJA pour l’accompagnement et la valorisation des projets portés par la jeunesse africaine ?
Être Lauréat de la 1ère édition des Awards de la jeunesse africaine 2024 dans la catégorie Entrepreneuriat a constitué un véritable levier de structuration et d’accélération pour notre entreprise. Au-delà de la reconnaissance, ce programme nous a apporté de la visibilité, de la crédibilité institutionnelle et un accès facilité à des réseaux stratégiques de partenaires, de décideurs et d’acteurs économiques.
Un an après, cet accompagnement a contribué à renforcer notre gouvernance, à clarifier notre positionnement stratégique et à accélérer la montée en puissance de nos opérations, notamment auprès de grands comptes et d’institutions. Il a également renforcé la confiance de nos partenaires financiers et opérationnels.
Plus largement, les AJA jouent un rôle essentiel dans la valorisation des projets portés par la jeunesse africaine. Ils offrent une plateforme de reconnaissance, d’accompagnement et de mise en relation, qui permet aux entrepreneurs de passer d’initiatives prometteuses à des entreprises structurées et impactantes. À ce titre, les AJA participent activement à la construction d’un écosystème entrepreneurial africain plus ambitieux, plus visible et plus durable.
Ecobank vous a soutenu à travers un programme de coaching. Sur quels aspects cet accompagnement a-t-il été le plus structurant, et quelles évolutions concrètes avez-vous mises en place depuis ?
L’accompagnement d’Ecobank a été déterminant sur le volet financier, en particulier dans la structuration de nos besoins de financement court terme. Le coaching nous a permis de mieux formaliser notre modèle économique, de sécuriser notre gestion de trésorerie et d’identifier l’affacturage comme un levier stratégique pour soutenir la croissance de nos opérations.
Concrètement, nous avons travaillé sur la structuration d’une ligne d’affacturage adaptée à nos cycles d’exploitation, marqués par des délais de paiement clients parfois longs. Cela nous a permis de réduire les tensions de trésorerie, d’améliorer notre capacité à honorer nos engagements auprès des transporteurs et de soutenir l’augmentation des volumes sans fragiliser le cash-flow.
Cet accompagnement a également renforcé notre capacité à dialoguer avec les banques sur des instruments financiers plus sophistiqués, à fiabiliser notre reporting financier et à sécuriser une croissance maîtrisée. Aujourd’hui, ces outils constituent un pilier clé de notre stratégie financière et de notre crédibilité vis-à-vis des partenaires institutionnels.
Plus largement, comment cet accompagnement, dans une phase clé du développement de votre structure, a-t-il contribué à renforcer vos capacités opérationnelles et à soutenir la croissance de l’entreprise sur l’année écoulée ?
Cet accompagnement est intervenu à un moment clé du développement de l’entreprise lorsque la croissance de l’activité nécessitait une structuration plus fine de nos capacités opérationnelles et financières. Cet appui nous a permis de sécuriser notre montée en charge, en alignant nos ambitions commerciales avec des outils de pilotage et de financement adaptés.
Sur le plan opérationnel, le renforcement de notre gestion financière, notamment la maîtrise de la trésorerie et l’anticipation des besoins en fonds de roulement, nous a permis d’améliorer la continuité des opérations, d’honorer plus efficacement nos engagements envers les transporteurs et de soutenir l’augmentation des volumes sans créer de tensions internes.
Au-delà de la gestion de trésorerie et des outils de court terme, l’accompagnement a également porté sur le financement d’actifs roulants, élément clé de notre stratégie. L’accès à des solutions dédiées pour l’acquisition de camions et d’équipements nous a permis de renforcer nos capacités opérationnelles, de sécuriser certaines lignes critiques et d’améliorer la fiabilité des délais pour nos clients.
Quelles sont vos priorités pour 2026 et quel message adressez-vous aux jeunes entrepreneurs africains qui hésitent à se lancer, ainsi qu’aux partenaires engagés dans le soutien aux projets à impact ?
En 2026, nos priorités sont claires : consolider nos opérations sur les corridors stratégiques, poursuivre la structuration de notre plateforme logistique et technologique, et accélérer le déploiement de capacités dédiées afin d’améliorer encore la fiabilité et la performance de nos services. Nous souhaitons également renforcer nos partenariats institutionnels et financiers pour soutenir une croissance durable, maîtrisée et à l’échelle régionale.
Aux jeunes entrepreneurs africains, je dirais que l’entrepreneuriat est un parcours exigeant, mais profondément transformateur. Il faut accepter la lenteur parfois, rester discipliné, apprendre à structurer avant d’accélérer, et surtout s’entourer des bons partenaires. La constance et la rigueur font souvent la différence sur le long terme.
Aux partenaires engagés dans le soutien aux projets à impact, le message est simple : investir dans des entrepreneurs africains structurés, ancrés dans les réalités locales et porteurs de solutions concrètes, c’est investir dans la transformation durable du continent. Des programmes comme ceux d’Ecobank ou des initiatives de reconnaissance comme les AJA jouent un rôle clé pour faire émerger des champions africains capables de créer de la valeur économique et sociale à grande échelle.
AP/Sf/APA







