Le Sénégal entend renforcer la coordination entre les secteurs agricole, industriel et commercial afin de mieux valoriser sa production nationale, réduire les pertes post-récolte et accroître la transformation locale, ont indiqué vendredi à Dakar les ministres Cheikh Oumar Ba et Serigne Guèye Diop.
Les deux ministres s’exprimaient à l’occasion d’un atelier conjoint de coordination entre le ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage et celui de l’Industrie et du Commerce, organisé au Terrou-Bi.
Cette rencontre vise à rapprocher les différents acteurs de la chaîne de valeur, de la production à la commercialisation, en passant par le stockage et la transformation.
« Ça ne sert à rien de produire suffisamment si on ne peut pas vendre. Ça ne sert à rien de produire suffisamment si on ne peut pas transformer. Et en même temps, on ne peut pas transformer ce qui n’est pas produit », a déclaré Cheikh Oumar Ba.
Selon le ministre de l’Agriculture, l’augmentation de la production agricole et de l’élevage au cours des dernières années a confirmé le potentiel productif du Sénégal, mais celui-ci reste confronté à plusieurs contraintes, notamment les pertes post-récolte, le stockage et la commercialisation.
Il a cité une étude faisant état de pertes post-récolte estimées à 5,6 milliards de francs CFA par an dans un département, soulignant la nécessité de mieux documenter ces pertes et d’identifier les moyens de les réduire.
« Ce qu’on perd, c’est de l’argent qui, au départ, devait aller dans les poches de nos productrices et de nos producteurs », a-t-il relevé.
Renforcer les infrastructures de stockage
La question du stockage figure parmi les principales préoccupations évoquées lors de la rencontre.
Cheikh Oumar Ba a souligné que certaines infrastructures existantes ne sont pas toujours adaptées aux besoins des producteurs ou suffisamment fonctionnelles.
De son côté, Serigne Guèye Diop a annoncé la livraison des chambres froides de Fass Boye et Sangalkam à la fin de 2026, ainsi que la programmation de celles de Kayar et Notto pour 2027.
Ces réalisations s’inscrivent, selon lui, dans une stratégie globale de développement du stockage dotée de 175 milliards de francs CFA pour les prochaines années.
Le ministre de l’Industrie et du Commerce a indiqué que ces investissements devraient contribuer à améliorer la régulation des marchés agricoles et à sécuriser davantage les revenus des producteurs.
Accélérer la transformation
Serigne Guèye Diop a insisté sur la nécessité de transformer davantage les matières premières produites au Sénégal.
« La production sans transformation, c’est une valeur ajoutée qui s’envole », a-t-il déclaré, rappelant que la Vision Sénégal 2050 fait de la transformation locale un levier de création d’emplois et de richesses.
Le ministre a également évoqué la nécessité de renforcer les liens entre l’agriculture et l’industrie afin de sécuriser l’approvisionnement des unités industrielles en matières premières locales.
Cheikh Oumar Ba a, pour sa part, annoncé que la nouvelle politique agricole et agro-industrielle en cours d’élaboration vise notamment à accroître significativement le niveau de transformation des productions nationales.
Il a évoqué un objectif de 60 %, contre un niveau actuel estimé entre 13 et 15 %, selon les données citées lors de l’atelier.
Vers une planification commune
Les deux départements veulent également améliorer leur coordination dans la planification des campagnes agricoles.
Le ministre de l’Agriculture a déploré que certaines décisions relatives à la commercialisation, au stockage ou aux exportations soient parfois prises en cours de campagne, alors qu’elles devraient être anticipées.
Il a plaidé pour une meilleure circulation de l’information et une harmonisation des données entre les différentes administrations.
Les deux ministères envisagent ainsi de mettre en place des équipes communes et de travailler avec l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) afin de disposer de données partagées et fiables.
Un Conseil national de l’Industrialisation annoncé
Serigne Guèye Diop a par ailleurs annoncé la mise en place proposée d’un Conseil national de l’Industrialisation (CNI), destiné à renforcer la gouvernance et la coordination de la politique industrielle.
Le dispositif devrait notamment s’appuyer sur des contrats-programmes élaborés avec les acteurs des différentes filières.
Un premier atelier national consacré à la filière arachide et autres oléagineux est annoncé prochainement.
Dans le domaine du commerce, le ministre a également fait état du recrutement de 1 000 volontaires de la consommation pour renforcer les contrôles sur les marchés, notamment en matière de prix et de qualité des produits.
« Une stratégie commune »
Pour Cheikh Oumar Ba, l’enjeu de l’atelier est d’instaurer une nouvelle méthode de travail entre les deux ministères.
Il a appelé à une « stratégie commune et républicaine » permettant de mieux coordonner les interventions publiques et d’anticiper les difficultés rencontrées par les producteurs et les industriels.
Serigne Guèye Diop a, pour sa part, appelé à passer « de la collaboration ponctuelle à l’intégration stratégique ».
Cette nouvelle approche doit permettre, selon les deux ministres, de mieux articuler production, stockage, transformation et commercialisation, afin de renforcer la souveraineté alimentaire et la création de valeur au Sénégal.
TE/APA





