L’appel du président algérien Abdelmadjid Tebboune invitant les ressortissants établis à l’étranger à regagner le pays en échange d’un engagement de « non-récidive » continue de susciter des interrogations. Alors qu’une organisation de défense des droits humains estime que cette initiative demeure dépourvue de garanties concrètes.
Dans un rapport publié le 21 février, le Centre du Caire pour les études des droits de l’homme considère que l’appel du président algérien pour le retour des exilés, sous réserve d’un engagement de « non-récidive », manque de crédibilité en l’absence de mécanismes juridiques explicites protégeant les personnes concernées. L’organisation souligne qu’un retour sans cadre clair pourrait exposer certains exilés à des poursuites ou à des mesures restrictives, plutôt que de leur assurer une réintégration « dans la sécurité et la dignité ».
Cette réserve intervient dans un contexte où plusieurs militants, journalistes et opposants installés à l’étranger ont fait l’objet de procédures judiciaires ou de condamnations par contumace. Le Centre rappelle qu’en 2024, il avait documenté l’usage étendu de dispositions relatives à la sécurité nationale et à la lutte contre le terrorisme pour poursuivre des activités qualifiées de pacifiques, notamment l’expression publique, l’engagement associatif ou la publication d’analyses critiques.
Selon l’ONG, ce cadre juridique contribue à entretenir un climat de méfiance, d’autant plus que le discours officiel assimile régulièrement certaines formes d’opposition à des menaces extérieures.
Plusieurs cas sont cités pour illustrer ces préoccupations, notamment celui du journaliste Mustapha Bendjama, condamné à une peine de prison, du militant Mohamed Tadjadit, toujours détenu, ou encore de Nassera Dutour, figure de la société civile empêchée d’entrer sur le territoire national. Pour l’organisation, ces situations témoignent de l’écart entre l’objectif affiché de réconciliation et la réalité judiciaire.
Dans ce contexte, l’ONG appelle à des mesures précises : protection contre les arrestations arbitraires, réexamen des condamnations jugées injustes et garantie qu’aucun citoyen ne sera poursuivi pour l’exercice pacifique de ses droits fondamentaux. Elle évoque également l’option d’une amnistie couvrant les personnes condamnées pour des faits liés à l’expression, à la réunion ou à l’activité syndicale.
L’initiative présidentielle, inscrite dans la politique dite de « lem echaml », entend favoriser la réconciliation nationale. Toutefois, l’absence de clarifications juridiques détaillées alimente le scepticisme d’une partie de la diaspora, qui conditionne son éventuel retour à des garanties tangibles.
Cette divergence entre l’appel politique et les attentes en matière d’État de droit met en lumière les tensions persistantes autour des libertés publiques en Algérie et la nécessité, selon les observateurs critiques, de réformes structurelles pour restaurer la confiance.
MK/AK/Sf/APA







