Les États africains ne pourront ni assurer leur souveraineté alimentaire, ni contenir durablement l’insécurité, sans investir massivement dans l’agriculture familiale, a affirmé mercredi à Saly (ouest du Sénégal) le président du Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles d’Afrique de l’Ouest (ROPPA), Ibrahima Coulibaly. Il a dénoncé le fait que seulement 6 % des exploitants familiaux africains aient accès au crédit.
S’exprimant à l’ouverture de la rencontre entre les médias et les organisations paysannes d’Afrique de l’Ouest, organisée par le ROPPA dans le cadre de la campagne « L’Agriculture familiale pour l’action climatique », le près du regroupement paysan a estimé que le sous-financement chronique des exploitations familiales constitue l’un des principaux freins au développement du continent et un facteur d’instabilité croissante.
« Les politiques ont démissionné. Pour ne pas dire qu’ils ont trahi, dans la plupart des cas, la cause de cette masse qui pourrait produire plus et mieux », a-t-il déclaré. Il a rappelé que l’agriculture familiale demeure le premier pourvoyeur d’emplois dans le monde, tout en restant largement exclue des mécanismes de financement.
S’appuyant sur des données présentées lors d’une conférence de la Banque africaine de développement (BAD) consacrée au financement des petits producteurs, M. Coulibaly a indiqué que seuls 6 % des agriculteurs familiaux du continent ont accès au crédit agricole. La majorité est contrainte de recourir à des systèmes de microfinance appliquant des taux d’intérêt pouvant atteindre 12 à 20 % par an.
Pour le président du ROPPA, cette situation compromet les ambitions de souveraineté alimentaire de l’Afrique.
« Un pays qui est dépendant sur le plan alimentaire est un pays esclave », a-t-il lancé, appelant les gouvernements à créer les conditions permettant aux exploitations familiales d’investir, de produire davantage et de vivre dignement de leur activité.
Au-delà de la question alimentaire, le dirigeant paysan a établi un lien direct entre l’abandon des zones rurales et la progression de l’insécurité dans plusieurs pays du Sahel.
Originaire du Mali, où il affirme ne plus pouvoir accéder à son exploitation agricole en raison de la dégradation de la situation sécuritaire, M. Coulibaly a estimé que le manque d’investissements dans les campagnes favorise le recrutement des jeunes par les groupes armés.
« Si on avait investi dans l’agriculture (…), cette guerre n’aurait pas pris cette ampleur », a-t-il soutenu, estimant que les auteurs des violences sont avant tout « les enfants de notre région », qui ne se reconnaissent plus dans des États incapables de leur offrir des perspectives économiques et sociales.
Selon lui, la lutte contre le terrorisme ne peut être dissociée d’une politique ambitieuse de développement rural.
« Tant qu’il n’y aura pas un partage plus équitable des ressources et des investissements dans les territoires ruraux, il y aura des guerres en Afrique », a-t-il averti, dénonçant des financements destinés aux producteurs qui « viennent en leur nom » sans jamais parvenir aux exploitations familiales.
Face à ce constat, le ROPPA entend renforcer son plaidoyer à travers la campagne « L’Agriculture familiale pour l’action climatique » et la création d’une fondation destinée à mobiliser davantage de ressources, notamment les financements internationaux liés au climat, en faveur des petits producteurs.
Le responsable paysan a également sollicité le soutien des médias afin de mieux faire connaître les réalités de l’agriculture familiale et d’influencer les décisions publiques.
« Nous avons besoin de vous », a-t-il déclaré aux journalistes, estimant qu’une meilleure compréhension des enjeux agricoles est indispensable pour convaincre les dirigeants et les partenaires financiers d’investir dans un secteur qui représente environ 60 % des actifs en Afrique de l’Ouest et dont dépend, selon lui, la stabilité du continent.
M. Coulibaly a enfin regretté que l’Afrique importe chaque année près de 100 milliards de dollars de produits alimentaires qu’elle pourrait produire localement, appelant à faire de l’agriculture familiale un pilier des politiques de développement et de sécurité du continent.
ARD/te/Sf/APA







