Dans une tribune publiée mardi, l’eurodéputé chargé de la sous-commission des droits de l’homme (DROI) a dénoncé une intensification de la répression en Tunisie, visant des militants de la société civile, des avocats, des journalistes et des défenseurs des droits humains, selon lui. Il cite notamment la condamnation en appel de la militante antiraciste Saadia Mosbah à huit ans de prison, celle de la militante des droits humains Sihem Bensedrine à 25 ans de prison en première instance, ainsi que la confirmation de la peine d’un an de prison prononcée contre le journaliste Zied El Heni.
L’auteur évoque également les condamnations de journalistes Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, ainsi que la grève nationale observée par les avocats tunisiens le 18 juin pour protester contre le fonctionnement de la justice.
Selon l’eurodéputé, la Tunisie connaît une détérioration continue de l’État de droit depuis l’arrivée au pouvoir de Kaïs Saïed en 2019, et plus particulièrement depuis les mesures exceptionnelles prises en juillet 2021 qui ont conduit à une profonde reconfiguration des institutions. Il estime que les poursuites engagées contre des opposants politiques, des avocats, des journalistes et des responsables d’organisations de la société civile traduisent une restriction croissante des libertés publiques.
La tribune critique également la politique de l’Union européenne à l’égard de Tunis. Son auteur reproche à la Commission européenne de poursuivre sa coopération avec les autorités tunisiennes, notamment dans le cadre du « partenariat stratégique global » conclu en 2023 sur les questions migratoires, sans conditionner cette coopération à des avancées en matière de droits fondamentaux. Il rappelle que le Parlement européen avait adopté, en novembre 2025, une résolution demandant la libération de l’avocate Sonia Dahmani, tout en regrettant que cette dernière ait ensuite fait l’objet d’une nouvelle condamnation.
L’eurodéputé indique également qu’une mission de la sous-commission DROI prévue en Tunisie en avril dernier n’a pas pu avoir lieu après le refus des autorités tunisiennes. Il souligne enfin que plusieurs avocats européens ont récemment demandé à la haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, d’envisager des sanctions ciblées contre Kaïs Saïed au titre du régime mondial de sanctions de l’Union européenne en matière de droits de l’homme, institué en 2020.
À ce stade, les autorités tunisiennes n’ont pas réagi publiquement à ces nouvelles prises de position. Elles ont, à plusieurs reprises, affirmé que les procédures judiciaires engagées dans le pays relevaient de l’indépendance de la justice, et rejeté les critiques étrangères, qu’elles considèrent comme des ingérences dans les affaires intérieures de la Tunisie.
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