Face à l’accélération critique de l’épidémie d’Ebola (souche Bundibugyo) en RDC, qui a déjà fait 702 morts, l’OMS a alerté sur un déficit de financement de 70 millions de dollars qui menace directement l’efficacité de la riposte sur le terrain.
L’épidémie de maladie à virus Ebola de souche Bundibugyo franchit un seuil critique en République démocratique du Congo (RDC). Avec 1 926 cas confirmés et 702 décès enregistrés au 11 juillet, cette crise sanitaire est désormais la troisième plus importante de l’histoire du pays. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) tire la sonnette d’alarme face à une propagation qui progresse plus vite que la riposte.
Malgré les efforts conjoints des autorités congolaises, des partenaires internationaux et des communautés, le virus touche désormais cinq provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uele et la Tshopo. Au total, 42 zones de santé sont affectées, alerte l’OMS.
Si de nouveaux cas ont récemment été détectés dans la Tshopo (notamment à Kisangani) et le Haut-Uele, la province de l’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie avec 26 zones de santé touchées, dont une dizaine jugées dans une situation « critique ».
« Des progrès sont réalisés, mais l’épidémie progresse trop rapidement et se propage à une trop grande échelle », a averti le Dr Chikwe Ihekweazu, directeur exécutif du Programme de gestion des situations d’urgence sanitaire de l’OMS, de retour d’une mission de cinq jours à Bunia. Il a comparé la situation à « un véritable incendie » dont le cœur continue d’alimenter des foyers de propagation.
Des chaînes de transmission hors de contrôle
L’OMS s’inquiète de bilans quotidiens records, dépassant parfois les 80 cas confirmés en 24 heures. Plus alarmant encore, de nombreux malades décèdent à leur domicile sans accès aux soins. De plus, 80 % des nouveaux cas recensés n’apparaissaient pas sur les listes de contacts établies, révélant l’existence de nombreuses chaînes de transmission inconnues des équipes sanitaires.
Pour endiguer le fléau, le Dr Ihekweazu insiste sur trois priorités absolues : détecter les cas plus tôt, accélérer la recherche des contacts et garantir la sécurité et la confiance des populations envers les structures de soins.
Sur le terrain, les capacités opérationnelles se renforcent. L’OMS fait état de 700 lits d’hospitalisation disponibles, de 14 laboratoires fonctionnels (contre un seul au début), d’un taux de suivi des contacts proche de 80 % et de plus de 21 000 agents communautaires formés.
La recherche clinique s’accélère également pour trouver des traitements spécifiques à la souche Bundibugyo. En parallèle des inclusions de patients dans un essai clinique thérapeutique, l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) et l’ONG ALIMA lancent ce mardi l’essai « EBO-PEP ». Ce projet évaluera l’efficacité de l’antiviral obeldesivir en prophylaxie post-exposition pour protéger les personnes contacts.
Un cri d’alarme financier
Cette intensification de la riposte se heurte toutefois à un mur financier. L’OMS révèle que sur les 115 millions de dollars nécessaires pour financer les opérations d’urgence, seuls 39 % ont été mobilisés, laissant un déficit critique de 70 millions de dollars.
Ces fonds sont indispensables pour assurer la surveillance épidémiologique, le traçage, le déploiement des outils de diagnostic et l’accès aux nouveaux vaccins et traitements. « Il est possible d’enrayer Ebola (…), mais cela exigera des ressources à la hauteur du défi », a conclu le représentant de l’OMS.
- ARD/te/Sf/APA







