Le Mali mise sur sa clientèle nationale pour tenter de redynamiser un secteur touristique durement frappé par la crise sécuritaire depuis 2012. Le gouvernement organisera, du 1er au 30 septembre 2026, la première édition du Mois du tourisme, une initiative destinée à encourager les Maliens à découvrir les richesses culturelles, historiques et naturelles de leur pays.
Placée sous le thème « Le tourisme interne, vecteur du renforcement du patriotisme », l’initiative prévoit des excursions notamment à Koulikoro et Bougouni, des campagnes de promotion, la désignation d’ambassadeurs de la destination Mali ainsi que des conférences et émissions consacrées au tourisme.
Le programme, présenté mercredi aux professionnels de l’hôtellerie et du tourisme par le ministre Mamou Daffé, prévoit également des hommages à des acteurs du secteur et des activités autour de la Journée mondiale du tourisme, célébrée le 27 septembre.
Cette campagne s’inscrit dans la continuité de « Les Maliens visitent le Mali », lancé en 2025 pour favoriser le tourisme domestique. Elle intervient également alors que la quatrième édition de « Bamako City Tour », lancée le 18 juillet, se poursuit jusqu’au 27 septembre.
Un secteur fortement touché par la crise
Le tourisme malien a connu un effondrement spectaculaire avec la dégradation de la situation sécuritaire. Les arrivées dans les établissements d’hébergement sont passées de 194 868 en 2011 à 46 859 en 2012, soit une baisse de près de 76 % en un an.
Après avoir atteint 234 490 arrivées en 2008, la fréquentation est tombée à seulement 22 538 en 2020, sous l’effet combiné de l’insécurité et de la pandémie de Covid-19.
Cette chute contraste avec l’évolution des capacités d’hébergement. En 2020, le Mali comptait 832 établissements et 11 256 chambres, contre 9 905 chambres en 2012. L’augmentation de l’offre s’est ainsi accompagnée d’une forte sous-utilisation des infrastructures.
La crise a également lourdement affecté l’emploi. Selon une estimation du Conseil mondial du voyage et du tourisme citée par Time en 2019, près de 40 000 emplois liés au tourisme auraient disparu entre 2010 et 2013.
Miser sur les visiteurs maliens
Face aux difficultés persistantes du tourisme international, Bamako entend désormais davantage s’appuyer sur le marché intérieur. Entre 1998 et 2020, les non-résidents représentaient près de 64 % des arrivées hôtelières, contre 36 % pour les résidents.
Le gouvernement espère ainsi créer davantage d’activité pour les hôtels, guides, transporteurs, restaurateurs et artisans, tout en renforçant la connaissance du patrimoine national par les populations.
Cette stratégie reste toutefois confrontée à d’importants défis. Plusieurs pays, dont la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, maintiennent des recommandations déconseillant les déplacements au Mali en raison des risques sécuritaires.
Le conflit a par ailleurs fragilisé l’accès à plusieurs hauts lieux du patrimoine. Le Mali compte quatre sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, dont trois — Tombouctou, les villes anciennes de Djenné et le tombeau des Askia à Gao — sont classés sur la liste du patrimoine mondial en péril.
Vers le retour du SITOUR
Le Mois du tourisme servira de prélude à la cinquième édition du Salon international du tourisme de Bamako (SITOUR), prévue en octobre 2026 autour de la résilience du tourisme africain.
Ce rendez-vous constituera un symbole important pour la filière : la précédente édition du salon remonte à 2011, quelques mois avant le déclenchement de la crise qui a profondément bouleversé le tourisme malien.
Les résultats du programme de septembre — nombre de visiteurs, nuitées, fréquentation des sites et activité générée pour les professionnels — permettront de mesurer la capacité du tourisme intérieur à devenir un véritable levier de relance d’un secteur sinistré depuis plus d’une décennie.
MD/te/APA







