Le Salon international des médias d’Afrique (SIMA) s’ouvre à Dakar sous le haut patronage du président Bassirou Diomaye Faye, avec la participation de délégations de 22 pays africains et internationaux.
Le Salon international des médias d’Afrique (SIMA) a officiellement ouvert ses portes ce lundi au Théâtre national Daniel Sorano à Dakar, en présence de plusieurs ministres africains, de délégations venues de 22 pays, d’ambassadeurs et de représentants d’institutions africaines et internationales.
Placé sous le haut patronage du Président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko, cet événement de quatre jours (27-30 octobre) sous le thème « L’Afrique face aux enjeux des nouveaux médias » ambitionne de devenir un rendez-vous panafricain incontournable pour bâtir un écosystème médiatique africain dynamique, innovant, éthique et souverain.
Une mobilisation panafricaine sans précédent
Parmi les personnalités présentes figuraient Dr Ismaila Ceesay, ministre de l’Information de Gambie, Houssein Medou, ministre de la Culture et porte-parole du gouvernement mauritanien, Sando Daniel Oti, vice-ministre de la Communication du Libéria, Marie Rose Faye, secrétaire d’État chargée des Relations avec les Institutions et porte-parole du gouvernement sénégalais, ainsi que Mahamath Nour, secrétaire général du ministère de la Communication du Tchad.
Les délégations venues du Mali (pays invité d’honneur), du Burkina Faso, de Côte d’Ivoire, du Maroc, de Guinée, de Mauritanie, du Togo, du Bénin, du Niger, du Cameroun, de RDC, de Gambie, du Congo, de Tunisie, du Ghana, d’Algérie et d’autres pays d’Afrique, d’Europe et d’Asie témoignent de l’intérêt continental pour cette initiative.
Le directeur général de la Maison de la Presse Babacar Touré, Sambou Biagui, a remercié le Président Faye, le Premier ministre Sonko et le ministre de la Communication pour leur soutien à ce « rendez-vous africain », qualifiant cet appui de « signal fort » et « marque de considération pour la presse ».
Il a rappelé que la Maison de la Presse, espace de dialogue et de concertation, a pour mission de contribuer à la promotion de la liberté de la presse, du pluralisme et de l’indépendance des médias, tout en offrant un espace de réflexion et de service pour les professionnels.
Biagui a souligné que le SIMA s’aligne sur l’Agenda national de transformation – Sénégal 2050, notamment l’axe 1 visant « l’émergence d’une société numérique et de filières compétitives », dans lequel les médias jouent un rôle central en tant que créateurs de contenus et d’emplois, acteurs de rayonnement culturel et catalyseurs économiques.
La révolution numérique : opportunité ou menace ?
« La révolution numérique a bouleversé les pratiques médiatiques à l’échelle mondiale », a déclaré Biagui, ajoutant qu’en Afrique, elle « peut devenir une formidable opportunité pour les médias africains s’ils parviennent à la maîtriser ». Il a insisté sur la nécessité de « construire une renaissance africaine de l’information, où modernité rime avec authenticité ».
Les défis du soft power et de la désinformation
Le coordonnateur du Comité de pilotage du SIMA, Mactar Silla, a de son côté alerté sur les nouvelles formes de domination dans un monde où « la Culture de manière générale, les médias plus particulièrement sont une sorte de fer de lance du soft power qui s’installe sans crier gare ».
Il a dénoncé les maux qui gangrènent le paysage médiatique africain : « La désinformation, les fake et false news, les manipulations internes et externes, les jeux de rôles et substitutions » servant « des desseins souvent inavoués et inavouables ».
Nollywood et les industries créatives africaines comme modèles
Mactar Silla a cité Nollywood, l’industrie cinématographique nigériane, au second rang mondial en volume de production après Bollywood et devant Hollywood. Cette industrie contribue à 2,3% du PIB nigérian et génère environ un million d’emplois directs et indirects.
Il a mentionné la création récente d’Utica Film Fund, doté de 20 milliards de nairas, premier fonds de capital-risque nigérian agréé et dédié à la production cinématographique, avec l’ambition de « transformer Nollywood en une plateforme compétitive mondiale ».
Le coordonnateur a également évoqué les initiatives algériennes : Dzaïr Media City, zone d’activité de 75 hectares dédiée aux médias à Ouled Fayet pour un coût de 1,6 milliard de dollars (environ 1 000 milliards FCFA), et le Fonds de financement des start-up et jeunes innovateurs d’un milliard de dollars lancé par le président Abdelmadjid Tebboune.
Le « New Deal Technologique » du Sénégal
Pour le Sénégal, Silla a rappelé le « New Deal Technologique » avec un investissement total de 1 105 milliards FCFA inscrit dans l’Agenda Sénégal 2050, qui interpelle les médias en tant que partie prenante de la digitalisation du pays.
Il a salué la qualité des productions nationales et des séries sénégalaises qui ont « largement traversé nos frontières », citant l’exemple de « Gorgoorlu » d’il y a 25 ans qui avait instauré des « mardis gras avec des élèves déguisés en Diek et Gor ».
Un plaidoyer pour 1% du budget national aux médias
Mactar Silla s’est déclaré « chantre du 1% du budget national alloué aux médias dans une perspective d’articulation au développement des industries culturelles et créatives ».
Il a plaidé pour le renforcement des moyens alloués aux médias publics (RTS, Le Soleil, APS, Maison de la presse, TDS), aux archives nationales, à la Bibliothèque nationale, à la nouvelle Autorité de régulation des médias et de la publicité en gestation, ainsi qu’à la Direction de la communication.
Le coordonnateur a également appelé au soutien du secteur privé, des médias en ligne, des sociétés de production, des créateurs de contenus, des radios communautaires, privées et de la presse écrite.
Le potentiel des industries culturelles africaines
Silla a exprimé sa conviction que « les nouveaux chapitres du prêt-à-porter international s’écriront en et avec l’Afrique », citant les matières africaines porteuses : jute, kinte, Lagos, Faso dan fani, toile de Korhogo, coton, raphia, seru ndenk, comme supports de « griffes, marques, création de mobilier, vêtements, accessoires, joaillerie, horlogerie ».
Il a également évoqué le potentiel de l’industrie ludique et des jeux vidéo avec des contenus originaux puisés dans « nos coutumes, traditions, langues, sites historiques et religieux », ainsi que l’eSport qui s’illustre en Afrique avec des initiatives comme Aladjimanau au Sénégal.
Une urgence : la répartition du Fonds d’appui à la presse
Concernant les attentes du secteur, Silla a salué le vote de la loi d’accès à l’information et les concertations pour réviser les textes régissant le secteur. Il a particulièrement insisté sur « l’urgente bouffée d’oxygène » que représente la répartition du Fonds d’appui pour le développement de la presse, sollicitant un « acte dérogatoire approprié » pour accélérer sa distribution avant la fin de l’année budgétaire.
« Les médias sont des outils par excellence d’accompagnement des politiques publiques et de structuration des industries culturelles », a-t-il martelé, appelant à « construire ensemble un nouveau partenariat car les médias sont des alliés naturels et objectifs des pouvoirs publics ».
Le ministre sénégalais de la Communication, Alioune Sall, a souhaité la bienvenue à toutes les délégations au nom du Président Faye, du Premier ministre Sonko et du peuple sénégalais, qualifiant le Sénégal de « terre de dialogue, de tolérance et de liberté ».
Un programme riche et diversifié
Le SIMA abordera plusieurs thématiques cruciales : l’intégrité de l’information et la souveraineté éditoriale dans un contexte d’insécurité, la sacralité des faits, les réseaux de résilience en faveur de l’information de proximité, la transformation numérique et l’innovation, l’économie des médias, le soutien aux médias et à la formation, les femmes dans les médias, la régulation et la modération des plateformes, ainsi que les relations entre médias en ligne et médias classiques.
Deux master classes rythmeront les travaux : l’une sur le fact-checking, le podcast et l’Intelligence artificielle avec la Convention des jeunes reporters du Sénégal et les dirigeants des médias publics ; l’autre sur les narratifs, les contenus originaux et la coproduction.
AC/Sf/APA






